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II. — GLOSSITES GOMMEUSES

Forme infiniment moins commune que la précédente, ainsi que je l’ai établi précédemment.

Susceptible de se produire à tout âge de la diathèse ; — - mais plus susceptible que la forme scléreuse de se manifester à des étapes avancées, voire très avancées. Ainsi, j’en trouve dans ma statistique de ville (sur 36 cas) six exemples au delà de la vingtième année. C. Pellizzari en a même observé un cas sur un malade en puissance de syphilis depuis quarante ans.

Division. — Les infiltrations gommeuses qui se produisent dans la langue y affectent deux localisations. Tantôt elles intéressent le derme muqueux exclusivement ; et tantôt, exclusivement de même, le parenchyme de l’organe.

De là une division toute naturelle du sujet en gommes superfi-

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cielles ou muqueuses ; — et gommes profondes , sous-muqueuses , dites encore parenchymateuses ou musculaires.

Ces deux localisations, du reste, coexistent assez fréquemment.

I. Gommes muqueuses. — Localisées dans le derme lingual, elles constituent de véritables syphilides gommeuses de la langue. Quelques mots suffiront à leur sujet.

A leur première période, elles consistent en de petites nodosités développées et enchâssées dans le derme muqueux, nodosités taberculiformes, arrondies, offrant le volume d’un grain de plomb, d’un pois, d’un noyau de cerise, d’un petit haricot ; — quelquefois aussi, mais plus rarement, en de légers infiltrats étalés, lamelleux. — Elles s’accusent, sur le dos ou sur les bords de la langue (leurs deux sièges de prédilection), par un léger relief en forme de mamelon, relief assez minime parfois pour que le toucher plutôt que la vue en révèle l’existence.

Originairement, ces nodosités sont fermes, consistantes, dures, manifestement constituées par une production solide.

Elles sont de nombre variable. Quelquefois on n’en trouve qu’une seule, isolée; plus souvent on en rencontre deux, trois ou quatre. En d’autres cas elles sont plus multiples, et généralement alors elles se présentent en groupe, en « bouquet » (1). Il n’est même pas rare que ces groupes soient disposés en demi-cercle, en fer à cheval. Exemple : Un de nos malades présentait sur le dos de la langue un groupe de sept nodules gommeux disposés en demi-lune, et cela d’une façon très régulière.

Après avoir persisté un certain temps à l’état de tumeurs solides, ces nodosités gommeuses, à l’instar de toutes les gommes, tendent à se ramollir et se ramollissent progressivement. A un moment donné, elles se perforent à leur sommet par un petit pertuis, lequel s’élargit bientôt, s’ulcère excentriquement, et laisse à découvert, après quelques jours, une entamure d’étendue proportionnelle au volume de la nodosité détruite.

Le petit ulcère gommeux constitué de la sorte n’offre guère plus d’étendue que la surface de section d’un petit pois ou l’aire d’une lentille. Rarement il est plus large, de façon à mesurer le diamètre d’une pièce de 20 ou de 50 centimes. Il offre en miniature l’aspect de toutes les ulcérations gommeuses, c’est-à-dire qu’il est surtout remarquable par leurs quatre attributs d’ulcère creux, notablement creux par rapport à sa petite étendue, et quelquefois aussi creux que large; — d’ulcère entaillé dans des tissus durs et manifestement infiltrés ; — d’ulcère à bords nettement découpés, souvent taillés à pic dans toute l’acception du mot, de façon à simuler une entamure faite à l’emportepièce ; — enfin et surtout, d’ulcère à fond jaune blanc, bourbillonneux ,

(1) V., à ce sujet, une pièce (n° 1238) déposée au musée de Saint-Louis par mon éminent et regretté collègue le Dr Quinquaud.

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GLOSSITES TERTIAIRES.

tapissé d’un enduit adhérent, enduit constitué par les débris de l’eschare gommeuse en voie de liquéfaction et d’élimination progressive.

II. Gommes profondes ou musculaires. — Beaucoup plus importantes comme lésions que les précédentes, celles-ci constituent à proprement parler les véritables gommes de la langue, et doivent être étudiées en détail.

Localisations. — Comme siège, d’abord, elles occupent le système musculaire de l’organe. Ce sont des gommes essentiellement musculaires, et Bouisson (de Montpellier) a fait cette remarque très légitime que, de tous les organes musculeux, c’est la langue qui se montre le plus sujette à cette espèce de lésions (1).

Ce serait une erreur de croire qu’elles affectent indifféremment tel ou tel point du parenchyme lingual. Tout au contraire, elles ont un siège de prédilection. C’est d’une façon presque exclusive vers la face supérieure de l’organe qu’on les rencontre. D’une part, en effet, c’est presque invariablement sous la muqueuse dorsale de la langue, tout au moins à peu de distance de cette muqueuse en profondeur, qu’elles se développent originairement. Et, d’autre part, se sont-elles développées primitivement dans les parties centrales, elles n’en aboutissent pas moins ultérieurement à se porter vers les parties supérieures. C’est là qu’elles viennent toujours proéminer, s’ouvrir et s’ulcérer. Jamais on ne les voit se frayer une voie vers les parties inférieures. Pourquoi? Je ne saurais le dire; c’est un fait que je constate seulement.

Du reste, elles paraissent occuper sans préférence marquée tel ou tel département de la face supérieure. Ainsi, on les rencontre avec une fréquence à peu près égale soit vers les parties antérieures ou même tout à fait vers la pointe, soit plus en arrière et même parfois (mais bien plus rarement) jusque vers la base, en des points qui se dérobent à l'examen direct et que la vue n’atteint qu’à l’aide du miroir. Démarquons seulement que, contrairement à une opinion assez généralement reçue, elles sont plus souvent latérales que médianes; cela du moins ressort de mes statistiques personnelles.

Volume , forme, nombre. — C’est surtout par la différence de volume que les gommes musculaires de la langue se distinguent des gommes superficielles de même siège. Leurs proportions les plus habituelles sont celles d’un haricot, d’une noisette, d’une amande. S’il en est parfois de plus petites, comparables à un pois, il en est aussi de plus grosses; on en a vu qui présentaient les dimensions d’une moitié de noix, voire d’une noix ou d’une datte, ce qui est beaucoup plus rare.

Elles ont souvent une forme difficile à apprécier exactement, en

(1) Mémoire sur les tumeurs syphilitiques des muscles et de leurs annexes (Gaz. méd. de Paris , 1846).

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