GLOSS1TES TERTIAIRES
Cette période a toujours une assez longue durée. En moyenne, on peut l’évaluer, je crois, à deux ou trois mois.
Pendant tout ce laps de temps, la tumeur ne fait que se développer, et cela d’une façon lente, très lente, sans présenter d’autres modifications cliniquement appréciables. Notons cependant ce point : A mesure qu’elle s’accroît, elle se rapproche des parties supérieures de la langue, où elle vient constituer une saillie de plus en plus proéminente.
II. — Puis, après avoir progressé de la sorte en conservant les caractères précités, la tumeur entre dans une phase nouvelle qui constitue la seconde période.
Peu à peu elle perd de sa consistance originelle. Elle devient moins ferme, moins sèche au toucher, voire comme pâteuse dans sa zone la plus saillante. Finalement, elle arrive à se ramollir en ce point, où l’on peut percevoir par un palper très attentif une sensation de fluctuation obscure. Ce travail de désorganisation intime, de liquéfaction, s’exagère de plus en plus. Bientôt une rupture de la coque tégumentaire, minée, usée, amincie sourdement dans ses parties profondes, devient imminente. Cette rupture, en effet, ne tarde plus guère à se produire, et cela sous forme d’un petit pertuis punctiforme, à bords violacés, pertuis parfois à peine appréciable à simple vue, et que le stylet même a quelque peine à découvrir tout d’abord.
Voici la tumeur entr’ouverte. Ou’en sort-il au moment précis où se fait la rupture? Ce qui en sort, on ne le voit jamais, et je ne l’ai pas vu plus que d’autres. Cela pour une bonne raison, c’est que le médecin n’est pas présent à l’instant précis où se produit la perforation, et que le plus souvent même la perforation se produit à l’insu des malades. On n’a donc pour tous renseignements que le dire des malades, qui ne sont pas toujours d’excellents observateurs. Ce qu’ils accusent avoir rendu, quand ils se sont aperçus de l’événement, c’est, disent-ils, « quelque chose comme un crachat », à savoir une petite quantité d’un liquide jaunâtre, « analogue à de Y humeur, mêlé ou non de grumeaux, et quelquefois strié de sang ».
L’ouverture ainsi faite peut rester ce qu’elle est originairement, c’est-à-dire un insignifiant pertuis. En quelques cas (relatifs, il est vrai, à des gommes de médiocre volume), je l’ai vue ne s’élargir que dans des proportions minimes. Elle restait alors semblable à une petite fistule , et il fallait parfois le secours du stylet pour la découvrir sous forme d’un orifice à peine apparent, donnant accès dans une cavité plus ou moins large ou, pour mieux dire, dans une sorte de décollement, de soufflet sous-muqueux.
Le plus souvent, toutefois, les choses ne se passent pas d’une façon aussi simple. En quelques jours et d’une façon même remarquablement rapide, le petit pertuis s’élargit en s’ulcérant. Il s’ulcère excentriquement; et bientôt la coque superficielle de la tumeur, se trouvant détruite dans une certaine étendue, laisse à ciel ouvert une