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GOMMES MUSCULAIRES

plaie plus ou moins large, plus ou moins anfractueuse. C’est là le début de la troisième période, celle de la gomme ulcérée.

III. — L’ulcération gommeuse constituée de la sorte est plus ou moins étendue, plus ou moins importante comme lésion, et cela, naturellement, suivant les proportions de la tumeur initiale. On voit de ces ulcérations qui ne mesurent guère plus de 3 à 5 millimètres de diamètre. Inversement, il en est qui offrent 1, 2 ou 3 centimètres de long, sur 1 à 2 centimètres de large.

Comme forme, ces ulcérations sont généralement ovalaires, et à grand axe antéro-postérieur. Souvent encore elles affectent une configuration plus ou moins arrondie. Il n’est pas rare non plus qu’elles se présentent sous une forme allongée ou complètement irrégulière, quelquefois même déchiquetée.

Mais voici qui a plus d’importance. Les ulcérations linguales d’origine gommeuse se distinguent en général des ulcérations d’autre nature par un certain ensemble de caractères objectifs très essentiels à préciser. Ces caractères, bien entendu, n’ont rien de topiquement spécial, j’entends de spécial à l’organe affecté ; ce sont simplement les caractères communs aux ulcères gommeux de tout siège, ceux que j’ai tant de fois décrits dans ce qqi précède, à savoir :

1° Etat creux de t'ulcère. — Toujours les ulcères gommeux de la langue sont remarquables par ce premier attribut ; toujours ils sont notablement creux. Ils mesurent 2 ou 3 millimètres de profondeur au minimum, 5 ou 6 millimètres le plus habituellement, et souvent même davantage, jusqu’à 1 centimètre, voire 1 centimètre et demi en certains cas plus rares (V. pièce n° 288, coll. part., musée de Saint- Louis).

2° Ulcère encadré par une aréole dure et rouge. — Le pourtour de l’ulcération est constitué par une zone de tissus notablement durs au toucher et manifestement infiltrés. A la surface de ces tissus, la muqueuse tendue, lisse et souvent dépapillée dans une certaine étendue, offre une coloration d’un rouge sombre, violacé.

3° Ulcère à bords nettement entaillés, c’est-à-dire découpés verticalement et à pic, descendant en pente raide vers le fond de la lésion, adhérents presque toujours, très rarement décollés.

4° Et surtout — caractère majeur — ulcère à 'fond bourbillonneux. — Cet ulcère est « de mauvaise mine », comme on dit vulgairement, à savoir : d’une part, inégal, irrégulier de fond, anfractueux, raviné, et, d’autre part, jaunâtre ou jaune gris, diphthéroïde d’aspect ou, mieux, bourbillonneué , c’est-à-dire revêtu d’enduits adhérents qu’on ne peut détacher ni par le lavage, ni par le pinceau, et qui sont constitués par des eschares de tissu gommeux en voie d’élimination.

La réunion de ces quatre attributs confère à l’ulcération gommeuse une physionomie assez particulière pour être nettement distinctive dans le plus grand nombre des cas.

278 GOMMES LINGUALES.

IV. — Ces trois périodes accomplies, que devient au delà la lésion ?

Soumise à un traitement convenable, elle se répare et se cicatrise assez facilement, au moins dans la très grande majorité des cas.

Cette phase terminale de la lésion n’a plus rien de spécial et se caractérise simplement par l’ensemble des phénomènes qui composent l’évolution régressive de tout ulcère gommeux. C’est-à-dire que le fond de l’ulcère achève de se déterger, prend une physionomie meilleure, s’élève, bourgeonne, revêt l’aspect d’une plaie simple, puis est envahi progressivement par la cicatrisation.

La cicatrice qui succède à la gomme linguale profonde est presque toujours plus ou moins déprimée, en forme de vallonnement ou de capiton sur les parties plates de l’organe, en forme de crénelure sur les parties marginales. Habituellement, toutefois, elle est bien moins déprimée, bien moins importante qu’on ne s’y attendrait, eu égard à l’excavation creusée dans le parenchyme lingual. Quelquefois, de la sorte, l’on est étonné, après guérison, de ne trouver comme vestige d une gomme de moyen volume qu’une dépression légère ou qu’une Cicatricule linéaire à peine apparente. En d’autres cas, il est vrai, une entaillure ou, pour mieux dire, un enfoncement, avec déformation persistante et ineffaçable, succède à la lésion.

Non traité, l’ulcère gommeux de la langue peut guérir, comme j’en ai eu la preuve. Telle est même la règle, dirai-je. Mais parfois aussi il lui arrive de persister plus ou moins longtemps. Il persiste surtout lorsqu’il est irrité par défaut d’hygiène locale ou par excitations surajoutées. Et alors, de deux choses l’une : ou bien il persiste en restant à peu près stationnaire comme étendue, avec un fond rouge, purpurin, végétant; ou bien il persiste en progressant, en s’étendant peu à peu, probablement sous l’influence d’une prolifération gommeuse périphérique, qui se forme et se détruit à mesure qu’elle se forme, d'une façon excentrique.

Que deviendrait et que durerait cet état de choses, si l’affection était abandonnée indéfiniment à elle-même, sans le secours d’aucune médication locale ou générale? Cela, nous l’ignorons, car nous ne trouvons guère de malades dotés d’une incurie assez chronique pour tolérer en patience de telles lésions sans recourir à un traitement quelconque. Mais ce que nous savons par quelques rares exemples, c’est que des lésions de cet ordre ont pu durer longtemps, très longtemps. J’en ai vu, pour ma part, qui dataient de six mois, de huit mois, d’un an, de deux ans. Et il y a plus. Dans le journal anglais The Lancet (1865), il est question d’une ulcération linguale tertiaire qui ne remontait pas à moins de vingt années , vingt années pendant lesquelles le malade était resté sans le moindre traitement ! Et, ce qui rend ce fait peu récusable, c’est que, soumise à un traitement spécifique, cette ulcération guérit en vingt-huit jours ! — Ne considérer

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