VARIÉTÉS. FORME CONFLUENTE
un tel fait, en tout cas, qu’au titre d’une curiosité absolument exceptionnelle.
Variétés. — A dessein j’ai tenu en dehors du tableau qui précède quelques variétés que je dois signaler actuellement.
I.— Forme confluente des gommes linguales. — Comme règle, le nombre des lésions qui constituent la glossite gommeuse n’est que minime. Dans les cas de beaucoup les plus communs, c’est seulement à une, deux ou trois gommes qu’on a affaire. Mais quelquefois aussi ce nombre peut s’élever. Il peut s’élever jusqu’aux chiffres de 5, 6, 7, 8 et 10 noyaux gommeux. Ainsi, comme exemple, un de mes clients présentait à la face supérieure de la langue sept petits nodules gommeux comparables à des noyaux de cerise.
, Dans ces cas de gommes multiples, deux alternatives sont possibles.
Pour l’immense majorité des cas, ces nodules gommeux multiples restent! petits ou tout au plus moyens, médiocres en un mot comme développement. Et alors l’aspect général delà langue affectée de la sorte n’est que peu modifié par la confluence inusitée des lésions.
Bien plus rarement et d’une façon qu’on peut presque qualifier d’exceptionnelle, les noyaux gommeux confluents deviennent plus ou moins volumineux, atteignent les proportions d'une noisette, d’un œuf de pigeon, d’une petite noix. Inutile de dire s’ils modifient alors le volume de l’organe et s’ils en altèrent la forme. Ils bossellent la langue d’une façon étrange, ils la déforment, la défigurent.
Enfin, dans un degré extrême, la lésion peut s’exagérer encore, et .c’est alors qu’on a affaire à ces langues décrites comme « rembourrées de noisettes », mamelonnées, marronnées, gigantesques, je dirai presque éléphantiaques ; à ces langues que la bouche devient insuffisante à contenir, qui débordent les arcades dentaires, dépassent l’orifice labial, et viennent pendre au-devant du menton. On a vu une de ces langues gigantesques et à procidence extraordinaire dépasser même le menton. Tel est un cas célèbre qui a été relaté par Cloquet et qui mérite d’être signalé en quelques mots.
Un malade portait dans la langue quatre tumeurs, chacune du volume d’une noix. Sous l'influence de ces lésions, dont l’origine remontait à dix-huit mois, la langue avait pris un développement monstrueux. Elle avait été chassée de la bouche et « descendait à trois pouces au-dessous du nivçau du menton ». Dans cet état, « le malade était constamment inondé d’une très abondante salive ; il ne pouvait plus parler que d’une façon presque inintelligible; il ne respirait et n’avalait qu’avec une difficulté extrême ». Si bien que plusieurs médecins avaient jugé l’affection de nature cancéreuse. Mandé en consultation, Cloquet reconnut pu soupçonna la syphilis, et près-
GOMMES LINGUALES. VARIÉTÉS.
crivit le bi-chlorure de mercure. Après quinze jours d'usage de ce remède, une amélioration telle s’était produite que déjà la langue ne descendait plus au-dessous du menton. Huit à dix mois plus tard» elle était rentrée dans la bouche. Au vingt-huitième mois, la guérison était complète.
Il va sans dire que, dans les cas de ce dernier genre, l’excessif volume et la procidence de la langue entraînent à leur suite des troubles fonctionnels des plus accentués : troubles de mastication, de phonation, de déglutition, de respiration, etc. ; — salivation sura^ bondante; — insomnie, désordres nerveux; — amaigrissement et affaiblissement consécutifs, etc. ; — tous phénomènes qui, s’ils persistaient au delà d’un certain temps, ne tarderaient guère assurément à menacer la vie.
Les cas de cet ordre, du reste, sont excessivement rares, je le répète. Et quant au fait de Cloquet, il n’a pas, je crois, d’analogue dans la science.
II. — Forme diffus q {Gommes diffuses de la langue). — Forme tout à fait rare, dans laquelle l’infiltration gommeuse, au lieu de se ramasser en tumeurs noueuses bien délimitées, se répand d’une façon diffuse dans le parenchyme lingual, le plus habituellement en traînées allongées et irrégulières, à contours indéterminables.
C’est d’elle que dérivent plus tard des ulcères gommeux en relation avec ce dispositif spécial, c’est-à-dire absolument irréguliers, capricieux de contour, allongés, etc.
III. — Forme scléro-gommeuse. — Son nom dit ce qu’elle est, à savoir : une association des deux modalités que sont susceptibles d’affecter les glossites tertiaires.
Seulement il importe de bien spécifier ceci : c’est toujours, en pareil cas, le processus gommeux qui se surajoute au processus scléreux, tandis que la gomme (sauf exceptions bien rares) ne se complique jamais de sclérose comme épiphénomène.
Aussi bien la physionomie usuelle de cette forme mixte est-elle la suivante : une sclérose linguale déjà bien constituée, s’affirmant de par ses signes usuels (tuméfaction de l'organe, déformation, dureté, et surtout lobulation); — puis, surajoutés à cela d’une façon plus récente, quelques îlots gommeux disséminés, s’accusant par des ulcérations circonscrites, généralement orbiculaires, fortement entaillées, à fond jaunâtre-, crémeux, bourbillonneux, etc.
Un exemple typique du genre se trouve reproduit dans mes leçons sur les glossites tertiaires (Planche II, fig. 2).
Complications. — Tout à fait rares, exceptionnelles même ; — et consistant en ceci :
1° Gangrène. — Il peut se faire qu’une fonte rapide d’un noyau d’infiltration gommeuse aboutisse à une sorte de débâcle gangreneuse
COMPLICATIONS. — GANGRENE. — PHAGEDENISME. 281
aiguë. On voit alors un segment lingual se colorer en noir, passer à l’état d'eschare, puis se détacher par lambeaux.
Ce n’est là qu’un épisode sans conséquences graves, mais c’est là un épisode quasi tragique par l’aspect effroyable que prend la langue devenue putrilagineuse dans un de ses districts, par la tuméfaction qui résulte de la réaction inflammatoire éliminatrice, par l'odeur empestée de l’haleine, par le ptyalisme, les douleurs, la dysphagie, la pâleur toxique du visage, etc. Heureusement, tout cela n’est qu’un feu de paille sans durée. Dès que les derniers lambeaux gangreneux se sont détachés, les choses rentrent bientôt dans l’ordre. Reste seulement une forte entamure des tissus, sous forme de géode ou de caverne (on dit avoir vu de ces cavernes gangreneuses où l’on aurait pu « loger le pouce »). Puis, le bourgeonnement se fait et la réparation s'achève, sauf dans les cas où le processus sphacélique n’est lui-même qu’un mode d’expression du phagédénisme.
2° Phagédénisme. — Bien autrement dangereux est le véritable phagédénisme, qui se présente à la langue comme ailleurs sous ses deux formes usuelles, forme serpigineuse et forme térébrante , d’ailleurs souvent combinées.
Les ulcérations serpigineuses procèdent sous forme de traînées sinueuses et allongées qui, nées sur le dos ou les bords de la langue, ont coutume de se porter vers les parties postérieures de l’organe, jusqu’à envahir parfois la rigole glosso-pharyngée, au-devant de l’épiglotte.
Les ulcérations térébrantes creusent en profondeur et créent de véritables trous dans la langue. J’en citerai deux exemples qui me serviront de description.
Sur une malheureuse femme que j’avais guérie quatre fois d’un phagédénisme guttural des plus intenses, j’ai vu une cinquième poussée phagédénique envahir à la fois et ce qui restait de l’isthme du gosier et la base de la langue. Il se produisit là deux larges ulcérations très creuses, très profondément excavées, et vraiment effrayantes d'aspect. Ces ulcérations finirent par céder à un traitement intensif, mais non sans laisser à leur suite une atrésie gutturale qui plus tard dut être opérée.
Second cas. Au cours d’une syphilis tertiaire féconde en accidents aussi multiples que graves, un de mes malades présenta une lésion gommeuse de la langue siégeant sur la moitié droite de l’organe, au niveau des grosses molaires. Cette lésion ne tarda pas à s’ulcérer en dépit du traitement, puis à se creuser, devint gangreneuse d’aspect, et arriva à mesurer 6 à 7 centimètres de long sur 2 de large, avec une profondeur de 12 à 15 millimètres. Une médication des plus intenses fut alors mise en œuvre et parvint à enrayer les progrès du mal. Dans l’espace de trois mois, une cicatrisation complète put être obtenue. Mais trois autres mois s’étaient à peine écoulés que de nouvelles