‹ Traité de la syphilisChapitre 98 sur 256 · GL0SS1TES TERTIAIRES · texte numérisé non relu

GL0SS1TES TERTIAIRES

lésions gommeuses se produisaient au voisinage de l’ancienne, et que la cicatrice même de cette dernière se rouvrait. Une seconde ulcération se forma alors sur le territoire de la première et en dépassa même les limites. Bientôt elle s’excava profondément, et aboutit à constituer une cavité énorme où Von aurait facilement logé le pouce. Le fond de cette véritable caverne gommeuse était absolument gangreneux d’apparence. Et lorsque, pourdéterger les parties, je promenais sur elles un tampon de charpie, j’en détachais une sorte de bouillie putrilagineuse d’un vert noirâtre, horriblement fétide, contenant des lambeaux escharifiés du parenchyme lingual. C’était la langue qui s’en allait de la sorte en déliquium ! Les troubles fonctionnels et l’état général déterminés par cette affreuse lésion furent de nature à m’inspirer, pendant quelque temps au moins, les plus sérieuses alarmes. Le malade guérit cependant, après plusieurs tnois d'un traitement mixte par les frictions mercurielles, l’iodure et les toniques.

Troubles fonctionnels. — Au point de vue symptomatologique, les glossites gommeuses offrent certes de nombreuses analogies, mais aussi quelques différences avec les glossites d'ordre scléreux.

D’abord, comme pour les glossites scléreuses, insidiosité de début. La gomme linguale naît à l’insu du malade et n’est guère constatée qu’à une époque où elle a déjà acquis un certain développement. Dans la plupart des cas, c’est un hasard qui la révèle, ou bien un sentiment de gêne très léger dans l’organe. Le malade porte alors le doigt sur sa langue et y sent « une grosseur », un corps dur dont il ne s'était pas aperçu jusqu'alors.

En second lieu, comme pour les glossites scléreuses, bénignité remarquable des phénomènes cliniques pendant toute la période de développement. Nulle douleur, nul élancement. Pas d’autres troubles qu'un certain degré de gêne, d'embarras obscur et vague dans les mouvements de l’organe, qu’un certain agacement, tel que celui qui résulterait delà présence d'un corps étranger. « Je ne souffre pas, me disait un de mes malades affecté d’une gomme linguale assez volumineuse, mais je sens quelque chose dans ma langue, quelque chose qui la gêne pour articuler et pour manger, comme si elle était embrochée par une arête de poisson ». Un autre de mes clients disait sentir « comme une tête de clou » dans sa langue.

Il n’est guère d’exceptions à cette bénignité de symptômes que dans les cas où des gommes volumineuses et multiples tuméfient la langue à l’excès. Alors entrent en scène tous les symptômes mécaniques des macroglossies : gêne très accentuée de la langue qui n'est plus que malaisément contenue dans la bouche et souvent mordue par les dents, troubles des mouvements de l’organe, difficulté de mastication, de déglutition, de phonation, ptyalisme, etc. Mais de tels cas ne sont qu’exceptionnels.

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