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TROUBLES FONCTIONNELS

Puis débute la période de ramollissement. Alors, en raison des symptômes inflammatoires qui l’accompagnent, endolorissement de l’organe, tension pénible, élancements.

Vient enfin la période d’ulcération. Oh ! alors entrent en scène la douleur et divers troubles fonctionnels plus ou moins accentués. Précisons.

La langue affectée d’une ulcération gommeuse est-elle, d’abord, douloureuse spontanément? Non. Au repos, en dehors de toute excitation, elle n’est pas douloureuse, à proprement parler. Elle est sensible seulement, mais c’est tout. Ainsi, elle n’est jamais le siège de ces élancements, de ces lancinements qu’on observe dans le cancer. De même, sauf exceptions bien rares, elle n’est jamais le point de départ de ces irradiations si pénibles vers l’oreille qui se produisent fréquemment dans cette dernière maladie.

Mais elle est douloureuse (à la façon de toute plaie d’ailleurs) par excitations surajoutées , dérivant des mouvements du frottement contre les dents, et surtout du contact avec les aliments et les boissons, notamment avec les aliments salés, chauds, âcres, durs, grenus, acides, les boissons alcooliques, le vin, les gargarismes astringents, etc.

A la douleur s’adjoignent naturellement les symptômes usuels de toutes les ulcérations buccales, symptômes qu’il suffira de mentionner : ptyalisme; — troubles de mastication, de déglutition, de parole, etc. — C’est seulement dans les cas de grandes ulcérations affectant les parties postérieures de l’organe qu’on a noté une certaine obtusion du goût.

Inutile d’ajouter que la douleur et les troubles fonctionnels de l’ulcération gommeuse de la langue sont très variables d’intensité suivant des conditions multiples, telles qu’étendue et importance des lésions, siège de Ces lésions, degré de réaction inflammatoire périphérique, hygiène ou absence d’hygiène locale, etc. — Cela va de soi.

Mais à noter (car cela n’est pas sans intérêt pour le diagnostic) que ces divers symptômes ne dépassent guère, comme degré d’intensité, un diapason moyen. Avec une ulcération gommeuse de la langue, les malades souffrent assurément et ont leur langue empêchée dans ses mouvements à un certain degré; mais, assurément aussi, ils souffrent moins, ils salivent moins, ils sont bien moins infirmes de la langue — qu’on passe l’expression — que d’autres malades affectés, par exemple, soit d’une stomatite mercurielle un peu intense, soit surtout d’un épithéliome. Il n’y a donc certainement pas d'exagération à dire que les ulcérations gommeuses de la langue sont — au moins en général — mieux tolérées que certaines autres ulcérations de même siège et de nature différente.

D’ailleurs, avec les ulcérations gommeuses, les divers symptômes

GLOSSITES TERTIAIRES. ADENOPATHIES.

en question n’ont jamais qu’une durée très limitée. Us s’amendent notablement dès que la réparation commence à se faire et disparaissent bientôt.

État des ganglions. — Les ganglions sont-ils touchés par les glossites tertiaires ? Question d’intérêt majeur au point de vue diagnostique.

Eh bien, la règle est que les glossites tertiaires, scléreuses ou gommeuses, n éveillent aucune réaction, aucun retentissement sur les glandes lymphatiques.

Je ne connais guère d’exceptions à cette règle en ce qui concerne les glossites de forme scléreuse. 11 n’en est pas tout à fait de même pour celles de forme gommeuse. En quelques cas très rares on a signalé, au voisinage des gommes linguales, des engorgements ganglionnaires manifestement symptomatiques. Chez le malade, par exemple, qui présentait cet effroyable phagédénisme tertiaire de la langue dont j’ai parlé précédemment, plusieurs glandes étaient prises et figuraient de grosses noisettes au-dessus de l’os hyoïde et sur les parties latérales du cou.

De quelle nature sont les adénopathies qui se produisent en pareil cas? Faut-il les considérer comme des adénopathies simples, purement inflammatoires, ou bien comme des adénopathies dérivant d’une infection secondaire quelconque, ou bien enfin comme des adénopathies gommeuses concomitantes? C’est là ce que je ne saurais dire, car je n’ai pas encore eu l’occasion d’examiner anatomiquement une seule lésion de ce genre. En tout cas, je n’ai jamais vu ces adénopathies s’abcéder. Elles persistent plus ou moins longtemps, à l’état de tuméfactions froides, indolentes, chroniques d’évolution, puis se résorbent et disparaissent avec la guérison des ulcérations linguales; voilà tout ce qu’on en sait, au moins tout ce que j’en sais jusqu’à ce jour.

D’ailleurs, je le répète à dessein, ces adénopathies symptomatiques de gommes linguales sont extrêmement rares, absolument exceptionnelles. Elles font défaut, sinon toujours, au moins dans l’énorme majorité des cas.

Pronostic. — Les glossites gommeuses sont assurément des affections plus importantes d’aspect que les glossites scléreuses. D’abord, elles constituent des tumeurs et parfois de grosses tumeurs, qui peuvent déformer, bosseler étrangement la langue. Puis, elles déterminent à la surface ou dans la profondeur de l’organe des ulcérations plus ou moins creuses, plus ou moins étendues, multiples parfois, et susceptibles d’aboutir au phagédénisme, etc. Mais, au total, ce ne sont que des gommes, c’est-à-dire des lésions destinées à s’éliminer et à disparaître. Qu’elles deviennent parfois l’origine

PRONOSTIC

de troubles sérieux, qu’elles créent même des dangers véritables par le fait d’ulcérations extensives, phagédéniques, menaçant de retentir sur le larynx, cela peut bien être ; mais ce ne sont là que des complications rares, très rares, tout à fait exceptionnelles. Ajoutez d’ailleurs que les lésions gommeuses sont puissamment influencées par le traitement spécifique, qui exerce sur elles une action résolutive et curative des plus marquées. De sorte qu’en définitive elles constituent des lésions plus effrayantes en apparence que graves en réalité ; ce sont, si l’on me permet de parler ainsi, des lésions tapageuses, qui font grand fracas, pour aboutir le plus souvent à guérison d’une façon rapide et facile, sous l’influence d'une médication appropriée. Tandis que, sous une allure en apparence bien plus modeste, les glossites scléreuses sont de fait bien plus redoutables. J’ai dit que la sclérose constitue la mauvaise forme des glossites tertiaires; la bonne (relativement, s’entend) est représentée par la gomme.

Cette inégalité pronostique entre les deux formes se retrouve jusque dans la fréquence des récidives.

Les récidives, on le sait par ce qui précède, sont non pas seulement communes dans les glossites scléreuses, mais usuelles, très usuelles, voire parfois répétées à satiété. Tout au contraire, elles sont rares avec les gommes.

Ce n’est donc qu’au titre de raretés que je mentionnerai les faits suivants.

On a vu des gommes linguales succéder à des gommes linguales ;, mais cela n’a guère été observé que dans les cas de « mauvaises syphilis », prodigues en manifestations et indociles au traitement. — A noter même incidemment qu’en pareil cas la récidive est souvent plus grave que la première atteinte, comme j’en ai cité précédemment un exemple que je rappellerai en deux mots. Un malade fut affecté une première fois d’une gomme très creuse de la langue, dont il guérit péniblement. Trois mois ne s’étaient pas écoulés qu’une autre gomme se reproduisit in situ , plus volumineuse que la première, devint phagédénique, et détruisit une portion de l’organe latéralement.

Enfin, je donnerai place ici à un cas des plus curieux, cas unique à ma connaissance, dans lequel j’ai vu une sorte de diathèse gommeuse s’établir en permanence sur la langue et se signaler pendant neuf ans par une série de décharges presque subintrantes. Voici cc cas, très sommairement.

Un malade, que j’ai eu l’occasion de traiter en ville, a été affecté pendant neuf années cofisécutives de gommes linguales multiples, au nombre de 6 à 9, et d’un volume comparable à un noyau de cerise. Ces gommes, suivant l’expression du malade, « ne faisaient qu’aller et venir, apparaître et disparaître ». Sous l’influence de l’iodure de potassium, elles se résorbaient rapidement, mais pour se reproduire dans l’espace d’une quinzaine à un mois après la

GLOSSITES TERTIAIRES.

cessation du remède. Alors, nouveau traitement, disparition nouvelle ; puis cessation du traitement, récidive, et ainsi de suite, d’une façon assidue, constante. Dans l’espace d’une année, le malade compta dix de ces récidives, qui d’ailleurs se produisaient sous la seule impulsion de la diathèse, sans aucune provocation surajoutée. Je ne parvins que très difficilement, et grâce à un traitement mixte très énergique, à couper court d’une façon définitive à cette incessante repullulation des tumeurs.

Traitement. — I. Soins d’hygiène buccale. — Rien à ajouter sur ce point à ce que j’ai dit précédemment à propos des .glossites scléreuses. — Il importe qu’au moment de la période ulcéreuse la nourriture du malade se compose exclusivement d’aliments qui puissent être avalés sans mastication, tels que bouillons, potages, soupes, gelées, lait, jus de viande, hachis de viande, purées, etc. — Comme boisson, lait, eau, ou vin très dilué.

II. Topiques. — Avant la période d’ulcération, rien à faire localement. — Dans la période ulcéreuse, gargarismes ou plutôt bains de bouche émollients très fréquemment répétés. Pour avoir essayé de toute espèce de liquides, j’ai l’expérience que rien ne vaut, en l’espèce, la simple décoction de guimauve. L’eau de guimauve bouillie, assez épaisse pour être onctueuse, est certainement préférable aux solutions salines et surtout aux solutions mercurielles que j’affirme toujours excitantes et nuisibles.

Douches tièdes ou pulvérisations tièdes. Très utiles pour déterger les ulcères.

En cas de gangrène, douches et bains de bouche à l’eau oxygénée.

En cas de douleurs vives, gargarismes cocaïnés ou badigeonnages avec une solution cocaïnée.

Quelques attouchements à la teinture d’iode (quotidiens ou biquotidiens) m’ont souvent paru d’un utile effet pour déterger les plaies et actionner le processus résolutif.

Enfin, quant aux cautérisations au nitrate d’argent, dont on fait un si fréquent abus, elles sont nuisibles en toute occasion, sauf à la période terminale, où elles semblent favoriser le travail de réparation cicatricielle.

Est-il besoin de dire que toute cautérisation destructive est formellement contre-indiquée, comme inutile et nuisible? J’ai vu cependant, ces derniers jours encore, un lamentable exemple de cette stupide pratique. Un malade de province, affecté d’une glossite scléro-gommeuse, eut le malheur de venir échouer à Paris dans l’une de ces officines médico-pharmaceutiques dont les succès s’étalent à la quatrième page des journaux politiques. Là, on lui fit sur tout le dos de la langue une série confluente de cautérisations au fer rouge et cela en vue, lui fut-il dit, de « tuer les microbes de sa maladie » ! Or, lorsque je le vis quelques jours plus tard, il avait la langue dans le plus effroyable état qui se puisse imaginer, criblée d’ulcérations

TRAITEMENT

DIAGNOSTIC

gommeuses et de plaies déterminées par le caustique, énormément tuméfiée par une violente réaction inflammatoire, presque procidente, etc. Il souffrait cruellement, salivait comme dans une stomatite mercurielle suraiguë, ne pouvait ni parler, ni manger, ni boire. A peine était-il parvenu à avaler depuis cinq jours quelques gorgées de lait. Bref, il paya d’un véritable supplice de quinze jours l’ineptie d’une prétendue méthode curative.

J’ajouterai que ces cautérisations destructives imbéciles ont eu parfois pour résultat d’inciter la tendance extensive des ulcérations, et de déchaîner le phagédénisme..

III. Médication interne. — Iodure de potassium expressément indiqué en l’espèce comme le remède de choix, le remède par excellence , bref celui qui s’impose. — Le donner d’emblée à bonnes doses (3 à 4 grammes par jour), qui seront ensuite élevées, si besoin est.

Adjonction du mercure généralement inutile. — Réserver le mercure comme remède préventif , à prescrire après la guérison des accidents actuels.

Diagnostic. — Il est indéniable que les hasards des cas particuliers ont motivé plus d’une fois des confusions diagnostiques entre nombre d’affections linguales des plus diverses et les glossopathies tertiaires. C’est ainsi qu’on a pu prendre le chancre syphilitique pour une lésion gommeuse, l’ulcère tuberculeux pour un ulcère gommeux, la glossite dentaire pour une oasis de glossite scléreuse, le psoriasis lingual pour une sclérose tertiaire, ou réciproquement. Et ainsi de suite. Mais ce qui n’est pas moins certain, c’est qu’en l’espèce la question diagnostique véritable, celle qui, par sa fréquence et son intérêt majeur, domine toutes les autres, réside dans le diagnostic différentiel des glossites tertiaires et de l’épithéliome lingual. Voilà le sujet capital qui doit nous arrêter ici et que j’ai devoir de discuter tout au long dans ce paragraphe.

Au préalable, toutefois, je signalerai brièvement quelques-unes des difficultés ou moindres ou plus éventuelles qui peuvent se présenter en pratique.

I. — Chancre syphilitique. — Il est positif que certaines analogies objectives sont parfois de nature à rapprocher le chancre syphilitique, surtout dans ses formes ulcéreuses ou scléreuses (1),

(1) Je rappellerai ici qu’une modalité rare, mais très authentique, du chancre lingual est de nature à simuler parfaitement, en raison de la tuméfaction, de la déformation et de la dureté qu’elle confère à tout un district de la langue, les glossopathies tertiaires de forme scléreuse. C’est la modalité dite précisément et non sans raison chancre scléreux.

Ce chancre scléreux a pour siège de prédilection soit la pointe de la langue, soit l’extrémité la plus antérieure du plateau lingual.

« Deux éléments composent la lésion, à savoir : le chancre proprement dit, qui

GLOSSITES TERTIAIRES.

des glossopathies tertiaires ou réciproquement. Mais cette erreur possible de première impression sera bientôt rectifiée par tout un ensemble de considérations formelles, que suffira à résumer d’une

façon sommaire le tableau suivant

Chancre lingual.

I. — Adénopathie constante, à ganglions souvent multiples, indolents, aphlegmasiques, et d’une dureté spéciale.

II. — Lésion le plus souvent unique, érosive ou ulcéreuse ; — et surtout lésion sans mamelonnement, sans lobulation de la langue.

III. — Lésion toujours circonscrite, de petite ou tout au plus de moyenne étendue.

IV. — Lésion primitive, première en date ; — lésion prélude, constituant Yexorde même de la maladie.

Glossite scléreuse.

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