PARTIE III. PRONOSTIC
tion, je ne fais que continuer le sujet précédent ; car plusieurs des faits rapportés ci-dessus y ont directement trait, et il n'en est aucun qui ne contribue plus ou moins à en préparer la solution.
Ce procès est, par sa nature même, destiné à une instruction encore très-longue avant d'être définitivement jugé. En effet, aucune des parties ne pouvant invoquer de faits absolument concluants, ni pour ni contre, on est bien forcé de suppléer la qualité par la quantité, d'attendre qu'un hasard heureux enchaîne sous les yeux de l'observateur les circonstances, si rarement groupées, de l'ensemble desquelles peut naître, non une preuve (elle est ici presque impossible), mais une probabilité.
Comme compensation à ces difficultés, l'esprit de système avait du moins respecté jusqu'ici ce problème. Chaque écrivain apportait ses doutes, ses tendances, ses présomptions. Nulle école ne faisait, de la solution en tel ou tel sens de cette question de clinique, une question de cabinet; et l'étude se poursuivait avec le calme et l'impartialité nécessaires à une œuvre de longue haleine, que nos petits-fils seuls peut-être sont appelés à mener à bonne fin.
La passion voudrait-elle usurper enfin ce coin de la science, jusque-là fermé à ses suggestions? J'ai pu le craindre en lisant l'ouvrage le plus récemment publié sur les maladies vénériennes, le traité de MM. Maisonneuve et Montanier. Je n'imiterai pas leur exemple; je ne veux point opposer à leurs conclusions négatives
absolues des affirmations équivalentes. Simon amourpropre y pouvait espérer quelque avantage, la science y perdrait à coup sûr; car ce n'est pas en affectant, là où il est radicalement injustifiable, le ton de la certitude qu'on réalisera un progrès. Ne vaut-il pas mieux confesser franchement ses hésitations ? Sous ce rapport, je ne crains point de donner l'exemple.
Deux voies s'ouvrent pour résoudre cette question : X induction et Y expérience.
A. Et d'abord, cette idée d'une infection de la mère par le fœtus est-elle aussi insoutenable devant la logique qu'on se plaît à le dire? Non sans doute. N'est-il pas admis universellement que si la mère contracte la syphilis durant sa grossesse — le père étant sain — elle peut la communiquer au fœtus? Oui certes. Or, par quelle voie la transmission s'opère-t-elle ici? Incontestablement par le sang ; puisque, après la conception, ce n'est plus qu'au moyen du système vasculaire utéro-placentaire que le fœtus tient à sa mère. Eh bien ! si le sang syphilitique de la mère suffit pour infecter le fœtus, pourquoi le fœtus — ayant reçu de son père la syphilis — ne pourrait-il, à son tour, infecter sa mère par le sang qu'il lui renvoie? N'est-ce pas, dans les deux cas, le même agent, pris à une même période du même mal, circulant dans les mêmes vaisseaux? Et en présence d'une si parfaite identité de causes, est-il donc tellement hasardé de conclure à la possibilité d'un effet semblable?