PARTIE III. PRONOSTIC
Je prévois une objection : c'est du sang artériel que la mère envoie à l'enfant ; ce n'est que du sang veineux qu'elle en reçoit. Or, le premier, plus vital, exerçant dans la nutrition une influence essentielle, étant plus directement porté dans les organes, peut bien propager la contagion, sans que le second, dont les attributions sont tout autres, la propage nécessairement.
Mais ce raisonnement, spécieux à un point de vue, ne suppose pas, je dois le dire, chez ceux qui s'en font une arme, l'idée bien nette du rôle que joue le sang en cette circonstance. Ses propriétés plus ou moins vivifiantes sont ici hors de cause; car il n'a pas à exercer sur l'organisme qu'il aborde une action excitante ou déprimante, mais spécifique. Peu importent ses qualités puisqu'il n'est là que véhicule. Artériel ou veineux, il n'y a à tenir compte de sa différence sous ce rapport que parce qu'elle permettra la propagation dans une direction ou dans l'autre du principe qu'il contient. Tel ou tel excipient neutralise quelquefois le pouvoir d'un virus : mais que peut-il jamais y ajouter? D'ailleurs, dans l'absorption naturelle du virus syphilitique comme dans son inoculation artificielle, n'est-ce pas le système de la circulation de retour qui lui ouvre une voie bien réellement et malheureusement trop suffisante ? N'est-ce pas dans les veines qu'ont été faites toutes les injections expérimentales de substances toxiques ?
Mais, dira-t-on, si la qualité du liquide ne met pas
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de différence entre les chances d'infection de la mère et celles que court le foetus, sa quantité en apporte une considérable. Effectivement, le fœtus reçoit tout de sa mère ; et si la source d'où lui proviennent exclusivement ses matériaux nutritifs est empoisonnée, il ne peut guère en éluder les conséquences toxiques ; tandis que la colonne sanguine qui passe du placenta à la mère n'est qu'une très-minime portion des fluides qui alimentent celle-ci. — Cette objection repose sur une donnée très-juste : seulement, en étudiant l'action des virus, tout le monde sait qu'il faut entièrement oublier la considération de la dose. Une contusion passe inaperçue ou fait périr, suivant qu'elle est faible ou forte. La vaccine, la variole, le pus morveux ou chancreux, au contraire, quand les conditions propres à leur absorption sont réalisées, produisent avec une goutte ou avec une once les mêmes effets au même degré.
On présente encore la difficulté sous un autre aspect, et l'on dit : le sang qui sort des artères d'une femme syphilitique arrive à son fœtus sans avoir subi d'altération. Au contraire, lorsqu'un fœtus vérole par son père renvoie du sang à sa mère, ce sang a d'abord traversé ses tissus, fourni à sa nutrition, alimenté les sécrétions propres à cet âge ; et ces élaborât ions ou filtrations diverses ont bien pu le dépouiller de ses propriétés infectantes. — Ce que ces modifications opèrent dans la composition du sang fœtal, nul ne le sait positivement ; et il serait bien téméraire de vouloir assigner des limites à leur action. Mais on peut du