‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 104 sur 204 · PARTIE 01. PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PARTIE 01. PRONOSTIC

moins affirmer ce qu'elles ne font pas; et je suis bien certain, quant à moi, qu'elles n'enlèvent point au sang son pouvoir syphilogène, puisque, après la naissance, ce sang va donner lieu sur le même sujet à des lésions morbides (les symptômes constitutionnels) qui sont éminemment contagieuses. En deux mots : Si le sang du fœtus, après avoir franchi ses capillaires, passé à travers ses émonctoires, va produire sur son tégument des accidents qui, une fois né, sont communicables à sa nourrice, pourquoi, un mois, une semaine auparavant, ce même sang serait-il censé innocent pour la mère qui l'absorbe incessamment ?

Enfin l'on pourrait encore dire que l'infection de la mère, quand elle n'éclate par des symptômes qu'après l'accouchement, est due à l'impression spéciale que le sperme d'un homme vérole produit sur l'ovaire. Mais, ainsi que je l'ai déjà montré (p. 31), il est bien plus rationnel d'attribuer l'intoxication de la femme à l'action exercée sur elle par son fœtus, que d'admettre cette influence directe du sperme, contre laquelle toutes les autorités et toutes les analogies déposent unanimement. Du reste, de quelque façon qu'on veuille l'entendre, l'explication n'ébranle pas le fait, n'altère en rien l'importance des conséquences diagnostiques et thérapeutiques que sa possibilité éveille, conséquences que je veux énoncer, ne fût-ce que pour justifier les longueurs d'une discussion aussi abstraite :

Une femme, dont le mari a eu autrefois la syphilis, est restée saine elle-même. A la suite de la naissance

d'un premier enfant syphilitique, sa santé s'altère; elle offre des symptômes mal caractérisés, mais inquiétants. Les symptômes s'aggravent à chaque nouvelle couche, quelque régulièrement que celles-ci se terminent. Faut-il nier résolument que la syphilis puisse entrer pour une part quelconque clans la production de ces désordres? Est-il irrationnel de les qualifier et de les traiter comme syphilitiques ? — De trop fréquents exemples m'autorisent à insister sur la nécessité de ne pas donner trop facilement à cette question une réponse affirmative.

B. L'expérience se traduit par un double langage : l'autorité et les faits. L'usage penche aujourd'hui à n'écouter que ces derniers. Je confesse volontiers qu'on n'a pas tort ; et je comprends cette, préférence dans les questions où des phénomènes faciles à constater fournissent une solution évidente. Mais dans les problèmes entourés, comme celui-ci, de circonstances qui empêchent d'aller plus loin que la simple probabilité, l'opinion des hommes qui concluent au nom de leurs impressions de pratique est, à mes yeux , d'un grand poids, alors même que l'impossibilité de citer des faits inattaquables leur fait regarder comme inutile de rapporter les exemples sur lesquels ils se fondent.

Cette autorité est surtout décisive quand elle émane d'auteurs célèbres, de cliniciens consommés, des illustrations de l'école positiviste. Enfin, elle acquiert pour moi une valeur supérieure lorsque deux écrivains con-

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