‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 106 sur 204 · PARTIE III. PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PARTIE III. PRONOSTIC

ne se rappelait pas avoir eu un chancre. Un traitement spécifique fut prescrit.

L'enfant eut, à cinq semaines, des ulcérations derrière les oreilles et au cuir chevelu. Il était émacié, avait un faciès de vieillard. Une diarrhée colliquative l'emmena au bout de peu de jours d'un traitement complètement inefficace.

Quant à la mère, dont les suites de couches avaient été des plus heureuses, elle fut atteinte à la même époque que son enfant (lequel à ce moment-là était en nourrice) de pustules nombreuses occupant le tour des ailes du nez et de la bouche, ainsi que le cuir chevelu. Deux jours après, de semblables pustules avaient envahi les parties génitales. Dans la semaine suivante, une éruption roséolique se déclara sur le tronc et sur les membres. Des douleurs ostéocopes, des ulcères dans l'arrière-bouche s'y joignirent plus tard.

Cette malade, traitée activement par l'iodure de mercure et l'iodure de potassium, associés ou alternés, fut guérie assez promptement. — Le mari, soumis, lui aussi, au même traitement, guérit un peu plus lentement (').

MM. Maisonneuve et Montanier ( 2 ) regardent l'interprétation donnée par M. Semanas de ces accidents, comme plus qu'invraisemblable. Pour la combattre, ils se fondent :

1° Sur ce que la moralité de la mère est très-contestable, puisqu'elle a accouché, après sept mois et demi de mariage, d'un enfant petit mais vif, bien portant et, disent-ils, « sans doute à terme. » — Cette appréciation est entièrement arbitraire ; car M. Semanas ne spécifie en aucune manière, dans son observation, à quelle époque du mois d'octobre avait eu lieu

(') Gaz. méd. de Paris, 1849, p. 777.

( 2 ) Ouvrage cité, p. 373.

le mariage ; et ce n'est absolument que pour le besoin de leur critique que MM. Maisonneuve et Montanier transforment l'enfant dit par M. Semanas d'tm petit volume en un enfant à terme, ainsi que l'accouchement huit mois après la conception en un accouchement après sept mois et demi.

2° Sur ce que le mari aurait gardé plusieurs mois, sans s'en faire traiter, une éruption du cuir chevelu et une syphilide palmaire!... Une telle incurie, disent-ils, n'est pas probable. — MM. Maisonneuve et Montanier n'ont, à ce qu'il paraît, jamais rencontré de malades ignorant une affection vénérienne aussi peu incommode que celle-ci, ou négligeant de s'en faire traiter? Pour moi, au contraire, ce défaut de soin, en pareil cas, rentre parfaitement dans les habitudes des clients, de ceux du moins que je suis à même de voir tous les jours.

D'après ce double motif de suspicion, MM. Maisonneuve et Montanier émettent l'avis (bien qu'on n'ait trouvé sur elle aucun signe, aucun vestige de syphilis pendant toute sa grossesse) , que la mère a été infectée par son mari, ou qu'elle l'a elle-même infecté, ayant pris la contagion d'un autre homme.

A une argumentation pareille nous n'avons rien à répondre ; car la faiblesse de ses moyens n'est qu'une preuve de plus en faveur de la doctrine qu'elle attaque.

M. Tyler Smith (') croit aussi que la syphilis se propage du père à la mère, par le fœtus. Il est d'avis

(') The Lanci't, 11 mars 183*, p. 266.

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