‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 107 sur 204 · PARTIE III. PRONOSTIC. 2i · texte numérisé non relu

PARTIE III. PRONOSTIC. 2i

que ceci arrive surtont quand la vérole a agi sur le placenta de façon à causer l'avortement. Alors, dit-il, la mère est à peu près sûre (prelly sure) de participer ensuite à la maladie.

Je rapporterai enfin, comme probante au même titre, l'observation suivante, qui m'a été communiquée par mon très-estimable confrère M. le docteur Laugier (de Vienne).

Madame X..., du village de C..., âgée de 27 ans, eut, il y a six mois, un enfant qui mourut à 3 mois et demi, émacié et couvert de plaies et de boutons à l'anus et aux lèvres, quoiqu'il fût venu au monde bien portant.

Madame X..., elle-même, n'avait, ni avant ni pendant sa grossesse, rien éprouvé qui pût donner l'idée qu'elle eût une infection syphilitique. Trois mois après l'accouchement, elle eut, à la suite de chagrins et de refroidissement, un accès de fièvre qui dura 2 ou 3 jours, et après lequel elle fut affectée de tubercules plats très-larges et très-nombreux à la vulve; trois semaines après, il en vint de semblables aux commissures de la bouche; plus tard des exulcérations parurent au gosier. Lorsque M. Laugier la vit, elle offrait, depuis deux mois, ces divers symptômes, qu'il reconnut sans peine pour être évidemment syphilitiques.

Cette malade affirma n'avoir eu de relations sexuelles qu'avec son mari. La nourrice de l'enfant s'était toujours bien portée.

La mère croyait son mari sain. Mais celui-ci, interrogé par M. Laugier, avoua avoir été atteint, six ans auparavant, d'une syphilis rebelle qui lui avait laissé longtemps mal à la gorge et avait enfin disparu , en 30 ou 40 jours, sous l'influence d'un traitement hoinœopathique. Depuis lors, il n'avait jamais rien éprouvé qui pût lui faire craindre une récidive. Cependant, durant la grossesse de sa femme, il avait eu de petites croûtes dans les cheveux, croûtes qui persistaient

assez longtemps et reparaissaient assez fréquemment. Il avait aussi eu à la nuque et sur la poitrine quelques boutons de longue durée.

Cependant, au moment où M. Laugier le visita (en décembre 1852), il n'offrait aucun indice, aucune trace visible de syphilis. Il a cohabité plusieurs fois avec sa femme depuis qu'elle est malade; et aucun phénomène local d'infection ne s'est manifesté chez lui.

Outre ces faits détaillés, et où des symptômes caractéristiques de syphilis secondaire apparaissent sur la mère après sa couche, il est d'autres exemples, moins décisifs peut-être parce que la vérole n'y revêt pas son type classique, mais qui témoignent, tout au moins, d'une influence analogue exercée par un fœtus syphilitique sur sa mère. Combien ne voit-on pas de jeunes personnes, robustes et bien portantes, mariées à un homme syphilitique, rester avec tous les attributs de la santé jusqu'à leur première couche? A partir de ce moment — et quoique les suites de l'accouchement aient été heureuses — elles deviennent faibles, languissantes, s'étiolent et maigrissent. Elles avortent ou engendrent des enfants véroles. Chaque nouvelle grossesseempire leur fâcheuse situation. Ces conséquences, dont M. Lallemand a parlé, que MM. Maisonneuve et Montanier admettent et décrivent, que j'ai observées moi-même, ne sont-elles pas un effet de la maladie du fœtus, maladie qui, sans vicier les humeurs de sa mère au point de développer chez elle la diathèse syphilitique véritable, a pourtant exercé sur son organisme une perturbation trop réelle ?

Page 1