PARTIE III. PRONOSTIC
§ 5. — Transmission de la syphilis du nourrisson à la nourrice.
Les accidents primitifs, les chancres que porte l'enfant, peuvent se communiquer à la nourrice absolument comme ils passent des organes d'une femme à ceux de l'homme, par suite des frottements du coït. Toutes les doctrines admettent ce phénomène ; il ne saurait faire question.
Mais les lésions de la syphilis congéniale jouissentelles de la même communicabilité? En d'autres termes, et pour mieux préciser : Un enfant affecté héréditairement, de plaques muqueuses de la bouche, par exemple, peut-il donner le même mal à une femme saine qui l'allaite ?
Hunter, M. Ricord, ou du moins une partie de son école, répondent négativement. Mais comme les exemples de nourrices infectées par leurs nourrissons existent et se répètent journellement, ils ne pouvaient se borner à les nier. Ils ont pris un parti plus logique mais plus difficile : ils ont cherché à lesexpliquer, en tâchant d'adapter aux exigences de cette thèse la théorie qui enseigne que le chancre primitif seul est contagieux. Ils affirment donc résolument que si un nouveau-né transmet la vérole à sanourrice, c'est parce qu'il avait lui-même un chancre primitif , et, comme contre-partie, que s'il n'a qu'une syphilis héréditaire, que des accidents constitutionnels, il ne transmettra aucun mal à sa nourrice.
Cette explication a fait quelques prosélytes; mais
elle compte encore plus d'adversaires. Formulée avec quelque passion, attaquée non sans aigreur, il lui est souvent arrivé d'avoir à enregistrer des adhésions ou des résistances plus fondées sur les sympathies ou les répulsions personnelles que sur la considération des preuves cliniques qu'elle invoque. Et pourtant si jamais proposition mérita une discussion de sang-froid, c'est à coup sûr celle-ci, dont l'adoption expose la santé de milliers de nourrices, si elle est fausse ; dont le rejet, si elle est juste, compromet la vie d'une foule de nouveau-nés en les frustrant du lait naturel poulies condamner au biberon. Je tâcherai donc d'oublier de trop fameux précédents : j'écarterai du débat toute animation inutile, au risque de paraître fastidieux ; je resterai sceptique à l'occasion, sans craindre d'être taxé d'irrésolu ; je passerai souvent à côté des noms propres, dût-on me reprocher de manquer d'égards envers les maîtres.
Voici d'abord quelques observations rapportées sans commentaires. Elles ne sont là que pour mieux établir le point de fait, dans son mode le plus général et ses variétés principales. J'ai en conséquence jugé convenable de les emprunter aux deux camps indistinctement.
Ambroise Paré (') a dépeint dans les termes naïfs et imagés qui lui appartiennent l'un de ces enchaînements d'infections, si communs en pareille circonstance :
(') Œuvres d 'Ambroise l'are, 11 e édition, I8o2, p. 413.