‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 109 sur 204 · PARTIE III. PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PARTIE III. PRONOSTIC

« Une honnête et riche femme pria son mary qu'il lui permîst d'être nourrice d'un sien enfant, ce qu'il lui accorda, pourvu qu'elle prînt une autre nourrice pour la soulager à nourrir son enfant. Icelle nourrice avoit la vérole, et la bailla à l'enfant, et l'enfanta la mère, et la mère au mary, et le mary à deux autres petits enfants qu'il faisoit ordinairement boire et manger et souvent coucher avec lui, non ayant connaissance qu'il fût entaché de cette maladie. Or la mère, considérant que le petit enfant ne profitoit aucunement, et qu'il estoit en cry perpétuel, m'envoya quérir pour connoistre sa maladie, qui ne fut difficile à juger : d'autant qu'il estoit tout couvert de boutons et de pustules, et que les tetins de la nourrice estoient tous ulcérez : pareillement ceux de la mère, ayant sur son corps plusieurs boutons : semblablement le père, et les deux petits enfants, dont l'un estoit aagé de trois, et l'autre de quatre ans. Lors déclaray au père et à la mère qu'ils estoient tous entachez de la vérole, ce qui estoit provenu par la nourrice : lesquels j'ay traicté, et furent tous guaris, reste le petit enfant qui mourut, et la nourrice eut le fouet sous la custode, et l'eut eu par les carrefours, n'eûst esté la crainte de dés-honorer la maison. »

L'observation suivante (') est considérée par M. Boucliut comme une des plus complètes qui aient été publiées ; c'est à ce titre que je la reproduis ici :

Une femme Ch..., saine jusque-là et mère de quatre enfants bien portants, prit un nourrisson âgé de 2 mois. Au bout de six semaines, il lui vint autour du sein de petites pustules, puis des crevasses et des ulcères, et l'aisselle s'engorgea. Les crevasses s'élargirent et les ulcères qui en résultèrent firent le tour de la base du mamelon. Peu de jours après, le propre enfant de la femme Ch... fut atteint de pustules à la face, autour de la bouche, puis de pustules au bras, sur le dos, à la

(') Revue méJ., mai ISH .

nuque, à la poitrine, autour de l'anus. Elle rendit alors le nourrisson étranger ; et après avoir fait, elle et son enfant, un traitement incomplet, vint consulter à Lyon. MM. Geusoul et Leriche ayant examiné le cas, reconnurent une affection syphilitique et prescrivirent un traitement mercuriel dont l'effet heureux confirma le diagnostic. Cependant lorsque M. Bouchacourt l'examina, il trouva deux indurations en haut et en dedans du mamelon gauche, dont l'une était encore ulcérée. Il apprit que l'enfant étranger, lorsqu'il fut confié à la femme Ch..., avait la face enflée et couverte de boutons, un écoulement par les fosses nasales et des cicatrices violacées encore récentes sur les fesses. Enfin on sut qu'il avait déjà pris chez sa première nourrice un traitement composé de bains et de sirops, prescrit par le médecin de ses parents, et que cette nourrice était tombée malade.

L'enfant étranger avait-il des accidents syphilitiques à la bouche? En quelles lésions, pustules, ulcères, etc., consistaient-ils? Étaient-ils secondaires, ou plutôt primitifs, comme la persistance des indurations semblerait l'indiquer?... 11 ne manque à ce récit absolument que l'indication de ces trois circonstances, pour faire preuve valable en faveur de la doctrine ancienne.

Je place après celui-ci un cas, que j'ai observé, tel qu'on les rencontre journellement dans la pratique, plus simple, moins compliqué de transmissions successives :

Je fus appelé, le 5 juillet 1851, pour soigner un enfant de M. H... Né le 22 avril de la même année, il avait eu au bout d'un mois une éruption de grosses ampoules à la plante des pieds, à la paume des mains et à la face. Celles de la face se couvrirent de croûtes qui existaient encore, noirâtres et épaisses, lorsque je l'examinai. On me dit qu'il avait eu des

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