PARTIE III. PRONOSTIC
pustules aux bourses et à l'anus. La mère avait offert, durant sa grossesse, des symptômes constitutionnels dont je reconnus les caractères évidents, roséole, tubercules muqueux aux deux amygdales, ganglions sous-occipitaux. L'enfant succomba à 5 mois. .
Pendant qu'il tétait, sa nourrice, campagnarde aussi niaise que peu avenante, et qui était dans la maison depuis deux mois, me montra une tache rouge au-dessous de son mamelon droit. Large comme un centime, peu élevée, siège d'une desquammation légère, cette plaque ne m'inspira d'abord que peu d'inquiétudes. Elle persistait cependant, quoique ayant un peu pâli, lorsque, l'enfant mort, la nourrice retourna chez elle.
Mais, au bout d'un mois, elle revint, accompagnée de son mari, avec une syphilide papuleuse générale, des plaques muqueuses ulcérées sur divers points de la bouche, impétigo du cuir chevelu, alopécie commençante, céphalée. J'examinai ses parties génitales, et n'y trouvai aucune trace suspecte, non plus que dans les ganglions sous-maxillaires. Je soumis sans plus de résultat au même examen le mari ; et il suffisait de jeter un coup d'œil sur sa disgraciée compagne pour reconnaître qu'on pouvait être certain de l'origine du mal sans faire porter l'enquête sur les amis de la maison. Un traitement mercuriel fut prescrit à cette malheureuse femme.
Il est juste de laisser maintenant la parole à ceux qui nient la contagion des accidents congéniaux. Les quelques faits suivants vont donner une idée de la manière dont ils envisagent le cas que j'étudie :
Une nourrice vint consulter Cullerier, l'aucien (*), dans le courant de l'année 1797, se plaignant d'avoir reçu la vérole de l'enfant étranger qu'elle allaitait. Elle avait tout le corps couvert de pustules lenticulaires et squammeuses. L'enfant,
(') Journ. gén. de méd., t. LV, p. 32.
âgé de 7 mois, n'offrait encore que le coryza et seulement quelques pustules aux parties génitales. Mais ce qui tendait à confirmer la déclaration de cette femme, c'est que le père de l'enfant avait eu des chancres dans les premiers temps de la grossesse de sa femme et les lui avait même communiqués à elle. Les parents se croyaient donc coupables et étaient prêts à céder aux exigences de la plaignante. Cependant M. Cullerier soupçonnant, d'après la nature et l'ancienneté des pustules dont elle était porteur, que cette femme était tombée malade avant son nourrisson, demanda à examiner le père nourricier. Il constata chez lui une large cicatrice à l'aine, et obtint l'aveu qu'il avait eu là une grosseur suppurée.
Certes , cette découverte était bien effectivement capable de faire peser sur le mari de la nourrice quelques légitimes soupçons. Mais devait-elle les détourner tous sur lui; et Cullerier n'aurait-il pas dû examiner ensuite la mère de l'enfant, pour voir s'il ne reconnaîtrait pas chez elle quelques vestiges plus caractérisés d'une infection constitutionnelle — possible d'après les antécédents — que ne l'est une cicatrice de Taine ?
M. Cullerier, chirurgien actuel de TOurcine, m'a raconté une histoire bien autrement probante dans le même sens. Il avait reçu dans son service une jeune femme, nourrice, affectée de syphilis constitutionnelle et dont le nourrisson portait des ulcérations à l'intérieur de la bouche. Cette femme accusait les parents de l'enfant et demandait avec instance à M. Cullerier un certificat attestant qu'elle avait pris de lui le mal dont elle était affectée. Néanmoins, la parfaite ressemblance de l'évolution des symptômes chez cette femme avec celle de la syphilide qui succède à un chancre primitif, avait inspiré à M. Cullerier les doutes les plus sérieux sur la véracité de son