‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 111 sur 204 · PARTIE III. PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PARTIE III. PRONOSTIC

récit. Avant de l'examiner, toutefois, et pour mieux voir à quel point, dans de pareilles circonstances, les malades portent l'impudence de la dissimulation, il l'interrogea, en particulier, à deux reprises différentes, de la façon la plus propre à l'assurer de la discrétion qu'il mettrait à tenir ses confidences secrètes. Elle nia toujours absolument avoir été malade elle-même la première. Après lui avoir laissé plusieurs jours pour réfléchir et se rétracter, M. Cullerier passa à l'examen direct, et reconnut sur l'une des grandes lèvres l'induration, signe irrécusable du chancre primitif infectant, tout récent. — Pour surcroît de certitude, il envoya quelqu'un visiter son mari. On répondit, avec un certain embarras, à son domicile, qu'il était en ce moment absent, à la campagne. Ces réponses éveillèrent quelques doutes. D'inspiration, l'on alla feuilleter le registre des entrées à l'hôpital du Midi ; et en y voyant son nom inscrit, l'on reconnut que c'était là qu'il faisait pour le moment sa villégiature, dans le service de M. Ricord.

Hunier s'étant inscrit contre la transmissibilité des symptômes constitutionnels de l'enfant à la nourrice, je ne saurais me dispenser de lui emprunter, à lui aussi, une observation. Mais je ne puis me dispenser non plus de faire remarquer qu'elle me semble tout aussi démonstrative contre son opinion que la précédente de M. Cullerier, l'est pour.

Une dame, accouchée le 30 septembre 1776, ayant beaucoup de lait, se fit teter un sein par son enfant et l'autre par un enfant du voisinage. Au bout de six semaines, le sein qu'elle avait donné à ce dernier devint malade; plusieurs petits ulcères se formèrent autour du mamelon et finirent par le détruire. Les glandes de l'aisselle se tuméfièrent; mais leur engorgement se termina par résolution. L'enfant étranger avait des aphthes dans la bouche, la respiration courte; et il

mourut de consomption, présentant plusieurs ulcères en différentes parties du corps. La mère, après avoir éprouvé des douleurs dans diverses régions, eut sur les bras, les jambes et les cuisses, une éruption de plaques dont plusieurs devinrent des ulcères.

La suite de l'observation apprend que cette dame eut, trois ans plus tard, un enfant qui offrit des symptômes de syphilis constitutionnelle auxquels il succomba au bout de neuf semaines, après les avoir communiqués à sa nourrice, qui en mourut elle-même ( 4 ).

Avant d'aborder le fond de la discussion, je veux présenter une observation préjudicielle. Ceux qui ne croient pas à la transmissibilité des accidents secondaires ont besoin d'expliquer tous les faits de ce genre par l'existence antérieure, méconnue ou dissimulée, d'un chancre primitif chez la personne infectée. Leurs antagonistes ne sont point obligés de se montrer aussi exclusifs : ils peuvent admettre parfaitement, eux (s'ils ne le font pas tous), qu'un chancre primitif puisse occuper la bouche de l'enfant et gagner delà le sein de la nourrice; que celle-ci, dans d'autres cas, l'ait contracté par une autre voie, et lui doive en réalité la maladie constitutionnelle dont elle accuse à tort son

nourrisson d'être l'auteur. Ils le reconnaissent

seulement , cette version, selon eux, ne saurait rendre raison de tous les exemples où l'on dit la syphilis transmise de nourrisson à nourrice. Et des considérations puissantes, il faut l'avouer, plaident en faveur de cette

(') Hunier, Traité de, la mal. vènér. (trad. franc.), p. 772.

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