‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 114 sur 204 · PARTIE III. — PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PARTIE III. — PRONOSTIC

gagner des chancres au mamelon par les bons offices d'une personne, porteur elle-même de chancres buccaux, qui s'était offerte pour lui dégorger les seins au moyen de la succion. Mais de pareils exemples ont tout juste la valeur de ces cas rares qu'on enregistre avec soin dans les annales de la science pour rendre le diagnostic plus circonspect, en montrant à quelles difficultés inattendues il peut fortuitement se heurter. Ils ne peuvent, — sans une tendance à la généralisation dont l'esprit public me semble répugner de plus en plus à se rendre complice, — prétendre à devenir l'explication unique de tous les faits de ce genre. Et il n'est pas, je crois, un seul praticien qui n'ouvre les yeux et ne devine de quel côté se trouve l'exagération, lorsqu'on lui dira : Pour nier la transmissibilité des accidents constitutionnels de l'enfant à la nourrice, vous êtes obligé d'admettre que, dans tous les cas où vous croyez que la vérole s'est propagée de l'un à l'autre, le nourrisson avait pris un chancre primitif dans la bouche ou la nourrice en avait contracté un sur le sein, hors de l'allaitement.

E. Autre difficulté non moins forte. Un chancre primitif, et surtout un chancre qui a infecté, et surtout un chancre abandonné sans traitement spécifique, laisse des traces visibles. Ce n'est pas M. Ricord qui contestera ce principe, lui qui a si bien su montrer l'importance de l'induration, qui a fait de sa présence à la base du chancre infectant, une loi absolue. Or, voici ce qui arrive le plus souvent : un enfant est con-

fié à une nourrice. Les parents, quoique jadis malades, sont honnêtes : ils ne l'auraient pas donné, la nourrice ne l'accepterait point si on le supposait porteur d'un germe de vérole. Des deux côtés on est sans alarme, d'autant plus que les accidents ne se manifestent en général sur le nourrisson qu'au bout de quelque temps. Quand donc ils apparaissent, rien n'ayant encore éveillé les soupçons, on méconnaît presque toujours leur nature syphilitique. Il en est de même des premiers phénomènes que présente la nourrice ; et ce n'est que lorsque les plaques muqueuses, la roséole, les pustules éclatent, qu'elle conçoit des" craintes et consulte un médecin. Ainsi, il est vrai de dire que les premiers accidents en date, soit chez l'enfant, soitchez la nourrice, sont donc presque toujours restés sans traitement. Voici maintenant le raisonnement que je fais et qui me semble inattaquable. Si ces accidents étaient des chancres primitifs, lorsqu'on est appelé à examiner la place qu'ils occupaient, on y trouverait des cicatrices avec induration caractéristique. Eh bien! rien de tout ceci n'a lieu. S'ils sont éteints, l'endroit où ils avaient existé ne diffère, par aucun signe, des points voisins ; et s'ils durent encore à ce moment, ce n'est pas un chancre qu'on y voit, c'est le plus ordinairement un tubercule muqueux. .

A ce dernier argument, l'école dont je parle a sa réponse toute prête ; réponse basée, je le reconnais, sur une appréciation aussi exacte qu'ingénieuse des phases que les chancres peuvent parcourir pour passer de la

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