‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 117 sur 204 · PARTIE III. PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PARTIE III. PRONOSTIC

d'autant plus de force qu'il s'éloigne davantage de sa première origine. »

L'inoculation, entre les mains de M. Sperino, a démontré la propriété contagieuse du virus congénial, même existant à sa seconde transmission, c'est-à-dire chez une nourrice qui le tenait d'un nouveau-né infecté héréditairement. Voici le fait intéressant que je traduis textuellement de l'ouvrage de notre savant et consciencieux confrère de Turin.

D. Gioanna, mariée, Agée de trente-cinq ans, de tempérament lymphatique sanguin, de bonne constitution, entra dans le syphilocôme le 15 janvier 1831 avec plusieurs tubercules muqueux ulcérés aux mamelons. Elle les avait, deux mois auparavant, pris d'un enfant qu'elle avait reçu en nourrice d'un cuisinier de cette ville. Au bout d'un mois et demi d'allaitement l'enfant mourut dans le marasme, couvert d'une éruption que la nourrice ne peut qualifier. Avant sa mort, il avait paru à ses mamelons quelques papules auxquelles elle ne fit pas alors attention. — Cette femme n'avait pas eu antérieurement de maladie syphilitique.

Lel7janvier, on inocule sur sa cuisse droite, evi deux points, avec une aiguille (') non encore employée à de pareils usages du pus recueilli sur les tubercules muqueux des seins. Le 23, — six jours après l'inoculation, — il apparut une rougeur avec prurit sur les points inoculés. Le 24, deux petites papules s'étaient élevées au centre de ces cercles rouges qui avaient paru le 23. Le 20 janvier, on a répété deux nouvelles inoculations sur la cuisse gauche avec du pus des tubercules exulcérés des seins. Le huitième jour apparut de la rougeur sur les points inoculés ; et, le jour suivant, on y voit deux papules.

Le 30 janvier, les papules développées à la suite de l'ino-

(') Cet instrument, dont M. Sperino se sert de préférence, est une aiguille-lancette large d'un millimètre et demi et creuse'e d'une rainure selon sa longueur.

culation du 17 sont couvertes d'une légère croûte, après l'ablation de laquelle on voit une érosion superficielle. On recueille soigneusement la petite quantité de pus qui y est sécrétée, et on l'inocule en deux endroits de la cuisse gauche. — Sept jours après cette inoculation, il se développe dans ces deux endroits deux petits tubercules.

Les pustules muqueuses produites par ces diverses inoculations durèrent environ vingt jours, à compter de l'époque de leur apparition. Elles se déprimèrent spontanément, sans traitement ni général, ni local, en laissant sur la partie qu'elles occupaient une tache cuivrée, mais sans cicatrice.

Les tubercules des mamelons, pansés localement avec la liqueur de Labarraque étendue, disparurent aussi peu à peu, laissant des taches de la même couleur que celle des cuisses.

Le 25 février, on aperçoit sur les membres supérieurs et inférieurs et sur le tronc beaucoup de papules cuivrées, larges de deux à trois millimètres, sans douleur, ni prurit, qui furent diagnostiquées une syphilide papuleuse. On voulait laisser développer librement cette syphilide avant de commencer un traitement mercuriel, lorsque, le 2 mars, il survint une iritis aiguë à gauche, qui réclama un traitement anti-phlogistique énergique. Après avoir dompté l'état aigu, on eut immédiatement recours aux mercuriaux, employés simultanément à l'intérieur et à l'extérieur; et le 15 avril, la femme Gioanna sortit guérie de l'hôpital (').

(') Lasifilizzazionesludiata quai mezza curât, epreserv., Torino, 1853, p. 2b. — J'ai fait, plus haut, pressentir que le virus congénial possède, selon moi, un degré de contagiosité supérieur. Un fait récent, exacte contre-partie de celui de M. Sperino, va nous fournir la démonstration expérimentale de ce théorème. Au commencement de février 1854, M. Rodet, mon successeur actuel à l'Antiquaille, inocula du liquide pris sur des tubercules muqueux de l'angle péno-scrotal. L'inoculation fut faite d'abord à la cuisse du malade lui-même, jeune homme qui avait eu, peu de temps auparavant, un chancre primitif; puis à la cuisse d'un autre individu atteint de cancer, mais pur de vérole. Plusieurs piqûres furent pratiquées sur chaque sujet; on laissa quelques heures en place un linge imbibé

Page 1