‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 118 sur 204 · PARTIE III. PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PARTIE III. PRONOSTIC

I. Quant aux arguments tirés de la clinique, rien ne me serait plus aisé que de multiplier les faits à l'appui de cette thèse. J'en citerai seulement trois des plus authentiques et des plus probants en raison de la véracité et de la compétence parfaite de ceux qui les ont observés.

En mars 1844 , M. Petrini soigna un enfant adultérin qu'on avait confié à une nourrice de la campagne. Ses parents étaient restés inconnus; seulement on avait appris que sa mère avait la vérole constitutionnelle lorsqu'elle lui donna le jour. Très-faible et mal développé, cet enfant fut bientôt affecté d'ulcères dans la bouche et l'arrière-bouche et de taches cuivrées sur tout le corps. Il mourut à trois mois. La nourrice accusant la mauvaise qualité de son lait d'être la cause du dépérissement de ce nourrisson, le donnait souvent à allaiter à deux de ses amies, deux sœurs, qui étaient aussi nourrices. Au bout de peu de temps, elles offrirent toutes deux des ulcères au mamelon, puis aux parties génitales, avec des douleurs ostéocopes. Elles communiquèrent des ulcères à leurs maris. Enfin, voyant que leurs propres en-

du même liquide, et l'on prit les soins les plus minutieux pour protéger la partie contre tout ce qui aurait pu accidentellement porter un obstacle mécanique au succès de cette expérience thérapeutique. — Aujourd'hui, deux mois et demi après le jour de l'inoculation, lien de syphilitique n'a paru, chez l'un ni chez l'autre, aux points piqués ni ailleurs. ■

Jointe aux autres preuves de fait déjà rassemblées par M. Ricord, et rapprochée du cas précédent de M. Sperino, cette observation démontre, ce me semble, la différence profonde qui distingue la même lésion, sous le rapport de la contagiosité, selon qu'elle vient d'une source conyéniale ou chancreuse, puisque l'on voit réussir entre les mains du médecin de Turin l'inoculation à la lancette du liquide qui, lorsqu'il provient d'une lésion semblable pour l'aspect, mais dissemblable par l'origine, ne donne à M. Rodet qu'un résultat négatif.

fants, jusqu'alors sains et robustes, allaient en s'affaiblissant, ces deux femmes prièrent M. Pelrini de les examiner. Celuici, sûr de la moralité de ses deux clientes, s'aperçut sans peine de l'origine du mal. Les deux enfants de ces deux femmes, malgré les remèdes mis en usage, succombèrent par suite d'ulcères à la bouche ou au gosier, et de tubercules profonds. — Les deux maris guérirent par un simple traitement local. — Quant aux deux mères, l'une guérit par le traitement de Dzondi ; l'autre fit un traitement de quelques mois à l'hôpital Saint-Jacques, de Rome, où elle eut une iritis qui lui fit perdre la vue de cet œil. La nourrice elle-même resta intacte au milieu de cette effrayante propagation de symptômes. M. Petrini s'est encore assuré, au bout de deux ans, qu'elle n'avait eu jusque-là aucune maladie syphilitique (').

Le second fait va nous montrer l'extension de cette transmission prenant les proportions d'une véritable épidémie.

Un enfant trouvé de Bruxelles fut placé à Alsemberg, chez la femme Hauwaert. Elle prit , au bout de quelque temps, mal aux seins; et comme ils s'engorgeaient, elle se les fit teter par son fils, âgé de dix ans. Il y réussit si bien que plusieurs autres femmes, dans le cas d'utiliser son talent, s'adressèrent à lui pour le même office. Plusieurs furent infectées de cette manière, entre autres la femme Demol, qui contracta des ulcères aux seins. Nourrice elle-même, elle communiqua à son enfant qui la tétait des excoriations aux lèvres et dans la bouche. Comme elle ignorait la nature de ses ulcères, elle donna accidentellement le sein à l'enfant de sa sœur, la femme Deraw. Peu de temps après, celui-ci eut des chancres à la gorge et des pustules syphilitiques sur le corps; sa mère eut également des chancres aux seins et à la gorge et des pustules humides à la vulve et près de l'anus. Sa fille aînée, en portant à sa bouche la cuiller avec laquelle elle donnait

(') Il raccogl. med., n<> de juillet 1850.

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