‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 12 sur 204 · PARTIE I. ÉTIOLOGIE · texte numérisé non relu

PARTIE I. ÉTIOLOGIE

Ce problème, qui touche aux cas les plus graves d'aptitude au mariage et à la procréation, a reçu des solutions diverses. Rationnellement, il semble naturel d'admettre qu'une diathèse qui ne se manifeste pas encore, ou qui ne se manifeste plus par des effets sensibles, doive être moins prononcée, et par conséquent moins sujette à se transmettre que celle dont les décharges symptomatiques s'effectuent actuellement. C'est là l'opinion la plus répandue , Rosen entre autres (') la professe formellement, et plusieurs exemples l'appuient. En voici un dont j'ai été témoin :

En juin 1849 un jeune homme, M. D..., entre en pleurant dans mon cabinet. Il doit s'unir dans un an à une jeune personne que sa famille lui destine depuis son enfance ; et il a contracté un chancre il y a un mois. Le chancre étant induré, je le traitai par les pilules au proto-iodure de mercure. Et comme mon client craignait par-dessus tout de n'être pas guéri à l'époque fixée, je cédai bien volontiers à ses désirs fréquemment réitérés, et ne lui marchandai ni les doses ni la durée de la médication spécifique. Quinze jours ou trois semaines après sa première visite, une syphilide papuleuse se déclara, accompagnée de tubercules exulcérés des amygdales. Pendant six mois il prit du mercure, sous ma direction, de manière à affecter les gencives légèrement, mais à plusieurs reprises. Mal rassuré encore, il voulut consulter, de concert avec moi, mon honorable confrère et collègue le docteur Bottex qui, uniquement pour le satisfaire, et le jugeant bien guéri, le mit encore à l'usage de la liqueur de Van-Swiéten durant trois semaines.

M. D... se maria, et sa femme ne tarda pas à devenir enceinte. Vers le troisième mois de sa grossesse, il alla aux eaux d'Aix,

(') Rosen, 1778, p. 541.

et fut très-affecté de voir reparaître pendant leur usage la syphilide papuleuse la mieux caractérisée, ainsi que quelques plaques muqueuses à l'anus, symptômes que je pus constater. Il attendit dès lors l'accouchement de sa femme avec la plus vive anxiété, redoutant de recevoir un enfant couvert de pustules!... Sa crainte, heureusement, fut déçue. L'enfanta maintenant plus de deux ans. Il s'est toujours parfaitement bien porlé.

Mais si l'immunité du fœtus, dans ces conditions, est possible, on se tromperait, et au très-sérieux préjudice des familles, en la croyant certaine. M.Cullerier, chirurgien de l'Ourcine, m'a dit qu'il pense que ce fâcheux pouvoir de transmettre la vérole à ses enfants, quoiqu'on n'en ait plus de traces au moment de leur procréation, appartient à la mère seule et non au père. Ce n'est que par des faits qu'il faut répondre à ce dangereux paradoxe d'un si sagace observateur. Voici quelques-uns des plus décisifs.

M. le professeur Cederschjold, dont j'ai déjà invoqué l'autorité, dit que les pères des enfants qu'il a vus naître, infectés, d'une mère saine « avaient été traités, peu avant la cohabitation, pour une syphilis primitive; mais que depuis ce moment ils avaient été libres de toute affection et n'avaient conservé que de la faiblesse. »

M. T... ayant eu quatre affections vénériennes imparfaitement traitées se maria. Il était faible, mais ne présentait aucun symptôme spécilique. Un an après, sa femme, saine jusque-là, accoucha d'un enfant bien portant en apparence et fortement constitué, mais qui, à trois semaines, eut une érup-

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