PARTIE III. PR0X0STIC
ment dans le cours des considérations précédentes, elle mérite un examen plus direct. Je répondrai par deux observations à l'argument qu'elle formule ; elles suffiront, je pense, pour prouver que, dans quelques cas du moins, ce n'est pas un chancre, mais une lésion bien évidemment secondaire qui a été le point de départ des accidents transmis.
Une femme de très-bonnes mœurs, dont le mari est également irréprochable, prend en nourrice, au mois de décembre 1843, un enfant de sept semaines. Huit jours après, les fesses et les cuisses du nourrisson se couvrent d'une éruption syphilitique. Au bout de deux mois, la bouche commença à offrir des symptômes de la même espèce.
La femme continuant à allaiter, eut une fissure au sein peu de jours après que la bouche de l'enfant fût devenue malade. Cette gerçure alla en s'étendant; et lorsqu'elle fut admise à l'hôpital, le 1 er juin 184-4, il y avait là un ulcère de la largeur d'un noyau de prune, à bords inégaux et un peu renversés en dehors. M. Égan inocula le pus de cet ulcère sous la peau du bras. La malade se plaignait de douleur au gosier; mais on n'y découvrit pas d'ulcération. L'enfant fut traité et guéri par le mercure.
Le 17 juin, l'ulcère du sein diminue rapidement de largeur. L'inoculation faite le 1er juin n'a produit aucun résultat.
La malade sortit le 30 juin, guérie de cet ulcère ; mais peu de temps après, elle fut prise d'une éruption de taches cuivrées, puis de pustules aux fesses et aux cuisses, et de tubercules condylomateux à la vulve. Un traitement par l'iodure de potassium fit disparaître ces symptômes; mais il y eut encore plus tard une nouvelle récidive sous forme d'ulcères au gosier (*).
(') The Dublin quaterly journ , p. 337, I8i6.
Ici le critérium souverain, l'inoculation a parlé. L'ulcère communiqué à la nourrice n'était pas inoculable par la lancette; donc ce n'était pas un chancre.
Mais, objectera-t-on, ce fait, très-probant en un sens, est absolument sans valeur pour l'élucidation de la thèse que vous avancez. Il établit, nous l'accordons, que cet ulcère était de nature constitutionnelle et non primitive. Mais qui vous dit que la nourrice n'avait pas elle-même pris la vérole par la voie ordinaire? que cet ulcère n'était pas chez elle la conséquence d'un chancre primitif qu'elle avait auparavant contracté? — Cette défiance est rigoureuse; mais elle ne paraîtra excessive à aucun de ceux qui comprennent quelle sévérité il faut mettre dans l'admission des preuves de ce genre. Heureusement je suis en mesure d'y satisfaire par la relation d'un second cas où la surveillance la plus vigilante a été exercée sur la nourrice avant et pendant l'allaitement.
M. P... donne un chancre à sa femme alors enceinte. M. Baumes ('), consulté, traite lesdeux époux par la liqueur de Van-Swieten et les sudorifique». Madame P . . . prend néanmoins des papules cuivrées sur le front et des ulcérations aux amygdales. Elle accouche ensuite d'un enfant, lequel, bien portant à sa naissance, est donné en nourrice à une domestique qui avait été séduite et était allée faire ses couches dans une maison de santé. M. Baumes, avant de lui abandonner l'enfant, examina d'abord cette femme ; et, ni dans ses organes génitaux, ni aucune autre part, il ne trouva de signe de maladie vénérienne. On la surveillait attentivement et elle ne ortait qu'avec la mère de l'enfant. Dix-huit jours après la
(') Précis thcor. et prat. des mal. vénér., t. I, p. 169.