‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 121 sur 204 · PARTIE III. PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PARTIE III. PRONOSTIC

naissance, l'enfant eut aux fesses, à la poitrine et aux joues des taches au centre desquelles parut une pustule qui se termina par un ulcère arrondi, ayant toutes les apparences de l'ecthyma syphilitique. — La nourrice resta encore saine pendant 12 à 15 jours. Mais alors quelques ulcérations à fond grisâtre, inégales, découpées, se montrèrent autour des deux mamelons; une ulcération semblable envahit la commissure des lèvres; des tubercules plats (pustules humides) se manifestèrent à l'anus, et des taches cuivrées furfuracées sur diverses parties de la peau.

Un traitement par les bains de sublimé, auquel, pour la nourrice, on ajouta l'administration de la liqueur de Van- Swieten, les guérit tous deux.

Cullerier (V. p. 314) a pu vérifier l'état sain des mamelles et des organes génitaux de la nourrice huit jours avant que des symptômes syphilitiques qu'elle tenait de son nourrisson apparussent chez elle.

Dans d'autres cas, non moins prohants, ce n'est pas avant l'apparition d'ulcères à ses seins, mais aussitôt après leur début qu'on a examiné les organes génitaux de la nourrice, sans y trouver de traces du chancre primitif supposé devant y exister par les adversaires de la transmissibilité congéniale. M. Bardinet a puissamment concouru à éclairer ce côté vraiment capital de la question par des observations multipliées et recueillies avec tout le soin désirable. Nous en citerons une, moins pour apporter à l'appui de notr& appréciation des preuves matérielles, que sa juste réputation de véracité rend superflues, qu'afin de donner au lecteur une idée de la manière dont il a procédé dans cette recherche si délicate. .

La femme R.... reçut, comme nourrice, un premier enfant le 19 avril 1845. Elle le garda 35 jours, puis en prit, après l'avoir rendu en bon état à sa mère, un second, le 24 mai. Bien portant d'abord, celui-ci eut au bout de lojours de la rougeur aux bourses et au fondement. Dix jours après, parurent de gros boutons sur tout son corps. Enfin, vers la fin de juin, il présenta à la lèvre supérieure une ulcération qui, malgré une cautérisation, persista et alla en s'agrandissant.

La nourrice continua de l'allaiter, et, vers le 8 ou 10 juillet, elle vit paraître une ulcération au sein gauche. Le 16 juillet, ne pouvant plus douter de la cause de son mal, elle renvoya l'enfant à l'hôpital de Limoges.

M. Bardinet l'examina, de concert avec M. le docteur Bleynie, et reconnut qu'il portait : 1° une large ulcération à la lèvre supérieure; 2 ,J de petites pustules sèches sur le visage; 3° des taches cuivrées, et de petites ulcérations recouvertes d'une croûte : ces deux dernières lésions sont disséminées sur toute la surface de la moitié inférieure du corps. Les ulcérations s'agrandirent et creusèrent progressiveme-nt; et l'enfant mourut le 28 juillet.

M. Bardinet, voulant constater le plus tôt possible et par l'inspection directe l'état de la nourrice, partit le 31 juillet pour la campagne où elle habitait, en compagnie de M. le docteur Tuilier, médecin en chef de l'hôpital de Limoges. Là ils commencèrent par examiner la nourrice ainsi que son mari. Ils n'avaient ni l'un ni l'autre, à la bouche, à la gorge, aux parties génitales ou ailleurs, aucune ulcération récente, non plus qu'aucune trace d'ulcération ancienne. Le mari avait cependant cohabité plusieurs fois avec sa femme, depuis que ses seins s'étaient ulcérés. La nourrice n'avait pas même de leucorrhée, ni d'inflammation de la vulve. Pour le moment, les seins étaient les seules parties affectées. Il y existait des ulcères grisâtres, et à bords nettement découpés, au pourtour du mamelon.

Pour en mieux vérifier la nature, M. Bardinet fit panser ces ulcères seulement avet du cérat ordinaire pendant un

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