PARTIE III. PRONOSTIC
teinte de symptômes secondaires des plus accentués pour avoir porté à ses lèvres la cuiller de son enfant, lequel avait reçu la vérole d'une nourrice infectée ellemême par un nourrisson étranger. — Enfin Bertin (') parle aussi d'une transmission de l'enfant à la mère. Mais, d'après les renseignements pris, et d'après la nature et la marche des accidents, il est constant que l'enfant avait contracté hors du logis maternel un chancre primitif, avec bubon suppuré, symptômes dont il n'est pas étonnant qu'il ait pu contaminer sa mère jusque-là bien portante. Tous les auteurs, du reste, ont considéré ce cas de la même manière que je le fais ici.
Dans tous ces exemples, l'exception à la règle établie plus haut n'a évidemment rien de réel. La mère n'était pas malade antérieurement. Ce n'est ni d'elle, ni de son mari que l'enfant tenait la syphilis. 11 n'y avait donc pour elle aucune condition d'immunité possible ; et elle a gagné la maladie absolument comme aurait pu le faire toute personne ayant avec un enfant infecté des rapports intimes et fréquents.
On peut dresser une seconde catégorie avec les femmes qui, nourrissant leur propre enfant, sont infectées sans qu'il ait lui-même offert de symptômes.
M. Cusack ( 2 ) a vu un enfant qui eut des symptômes de syphilis constitutionnelle. Sa mère, qui lui donnait le sein, prit un ulcère au mamelon. — Ainsi présenté,
(') Ouvrage cité, p. 77.
( 2 ) The Dublin qxwterly journ., 1846, p. 337.
le fait semblerait offrir une infraction flagrante à la loi de Colles. Mais en se faisant initier à l'enchaînement successif des circonstances, l'auteur apprit que l'enfant avait teté incidemment une autre nourrice atteinte de syphilis ; la mère lui dit en outre qu'il n'avait eu d'ulcères dans la bouche qu'après qu'elle-même en eut eus au sein.
L'enfant avait donc été là, pour la mère, l'agent de cette contagion médiate, dont le mécanisme n'a été bien étudié que de nos jours par MM. Ricord et Cullerier, mais que Catanée ( l ) avait déjà indiquée positivement. Il a communiqué la syphilis à sa mère ; mais parce qu'aucune des causes que Colles avait en vue n'existait chez elle pour la rendre réfractaire à la contagion venant de son enfant.
Dans une troisième catégorie, je place deux faits où la mère nourrice et l'enfant ont offert l'un et l'autre des symptômes constitutionnels. On a donc pu croire que le second avait fourni l'origine du mal. Mais en y regardant de plus près, on a découvert que les accidents n'ont paru chez l'enfant qu'après s'être montrés sur la mère.
M. Veré-Delisle ( 2 ) a vu une femme, accouchée depuis trois mois, et qui nourrissait son enfant, contracter une syphilis caractérisée par des ulcérations en dedans des grandes lèvres.
(') Voici ses paroles à ce sujet ; « Quarta causa poterit esse coitus cumsana cum qua de proximo coicerit infectus, semine adhuc in matrice exislente. »
C 2 ) Arch. cjén. deméd., ii° d'avril 1830.