‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 129 sur 204 · PARTIE III. PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PARTIE III. PRONOSTIC

ne peut trouver d'autre sein que celui de sa mère ; et malgré l'instinct généreux qui porterait sans doute bon nombre de celles-ci à braver alors le danger de la contagion, c'est quelque chose néanmoins pour leur famille que de savoir qu'elles peuvent s'y exposer impunément.

Le point le plus intéressant que présente la transmission des symptômes syphilitiques du nourrisson à la nourrice, est le fait même de cette transmission. Apres l'avoir discutée, il ne reste à signaler qu'un bien petit nombre de circonstances qui s'y rattachent. 11 serait inutile de faire ressortir les conditions qui la favorisent. Elles ont déjà été indiquées à propos de l'infection de l'enfant par la nourrice et se retrouvent ici absolument les mêmes. Les exemples suivants montreront combien les rapports ont peu besoin d'être prolongés entre les deux individus pour que le mal se propage de l'un à l'autre.

Une nourrice, dit M. Campbell (*), reçoit le dimanche après midi un enfant syphilitique, qui avait déjà été traité et qu'on croyait guéri, par l'iodure de potassium. Elle s'aperçoit qu'il est encore malade; et, pour éviter la contagion, le rend à sa mère le jeudi. Malgré cette précaution, elle devint néanmoins affectée d'accidents constitutionnels évidents, d'abord au sein, puis à tout le corps.

La femme Gen..., appelée à Lyon pour allaiter un enfant, le vit couvert de boutons et ne voulut lui donner le sein que trois jours. Quoiqu'elle se fût toujours bien portée et eût eu 6 enfants, jouissant aussi d'une bonne santé, elle vit, 3 se-

(') The Lond. and Edimb. month. journ., 1844, p. SIS.

mairies après cet essai de nourrissage, trois gros boutons se développer autour de son mamelon avec engorgement des ganglions axillaires. Plus tard, céphalée, alopécie, syphilide papulo-squameuse, ulcérations aux amygdales; en dernier lieu, des plaques muqueuses aux parties génitales.

Lorsqu'elle entra à l'hospice de l'Antiquaille, MM. Doyon et Dron purent encore reconnaître l'existence de la plupart de ces symptômes. Mais elle y amenait aussi son propre fils, enfant alors âgé de 15 mois, et qui, bien portant jusque-là, prit du mal à la bouche après avoir teté le sein devenu malade de sa mère. Sous les yeux mêmes du médecin, cet enfant eut, durant son séjour à l'hospice, une éruption de plaques muqueuses aux commissures labiales, et plus tard sur tout le corps des taches de roséole. — Le traitement mercuriel les guérit tous les deux (mémoire cité).

Il ne saurait entrer dans le plan d'une monographie consacrée à la syphilis des nouveau-nés, de suivre la succession des symptômes et la marche de la maladie chez les nourrices. J'insisterai seulement sur un point de sa description, sur les engorgements ganglionnaires qu'elles présentent. Rien n'est plus commun que de voir chez les nourrices infectées par le sein , les glandes lymphatiques de l'aisselle correspondante s'engorger. Mahon (*) en avait déjà fait la remarque qu'il érigeait presque en règle générale ; et la plupart des observations que j'ai vérifiées m'en ont offert un exemple ( 2 ). Cela signifierait-il que la lésion dont dé-

( 1 ) Ouvrage cité, p. 440.

( 2 ) L'indolence de ces engorgements empêche parfois les femmes qui en sont porteurs d'y accorder une attention suffisante. J'ai vu tout récemment (16 janvier 1854) une nourrice infectée par le sein

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