ÉLÉMENTS DU JUGEMENT DE L' EXPERT
Si l'enfant qui naît dans des conditions régulières de santé resserre les liens de ses parents soit entre eux, soit avec la société, celui dont la syphilis a souillé l'origine devient très-souvent, au contraire, l'occasion de discordes, de troubles graves dans les familles. Tant que l'impression produite par un pareil événement se borne à des soupçons ou à des récriminations, le rôle du médecin est purement confidentiel ; et j'ai déjà, dans plus d'un passage, cherché à préciser la conduite qu'il doit alors tenir pour ménager, sans trahir aucun de ses devoirs, les véritables intérêts de ses clients. Mais lorsque les tribunaux lui demandent son avis, il ne doit plus que la vérité. C'est donc de son rôle comme témoin ou comme expert qu'il s'agit maintenant de fixer la nature.
Je ne parlerai point des attentats que le libertinage porte quelquefois à commettre sur de malheureux enfants sans défense. Les lésions mécaniques, lesinocu-
lations de syphilis qui peuvent en résulter ne sont pas plus difficiles à constater chez le nouveau-né qu'à un âge plus avancé. Il suffit que l'attention du médecin soit appelée sur la possibilité d'un acte si monstrueux, pour qu'il en tienne compte quand il a à déterminer l'origine de quelque maladie vénérienne chez le nourrisson.
Je dois également laisser de côté la question relative aux procès en séparation auxquels la naissance d'un enfant vérole sert quelquefois d'élément. Cette preuve de mauvaise conduite du mari ou de la femme n'a jamais, aux yeux des magistrats, beaucoup d'importance, d'abord parce qu'elle ne témoigne que d'un fait isolé et non de débauche passée à l'état d'habitude ; ensuite, et surtout, parce qu'il est ordinairement fort difficile, très-souvent impossible de découvrir, par l'inspection du nouveau-né, duquel des deux conjoints procède le vice héréditaire dont il porte les marques.
Le débat le plus ordinairement déféré à la justice est celui qui s'agite lorsqu'un enfant confié à une nourrice étrangère présente, au bout d'un certain temps, des signes de syphilis. Alors, si les parents se croient ou veulent se faire croire sains, ils accusent la nourrice de lui avoir communiqué le mal, et en conséquence réclament d'elle des dommages-intérêts. Mais, de son côté, la nourrice se trouvant infectée, croit ou prétend l'avoir été par son nourrisson, et exige, la première ou reconventionnellement, des