PARTIE I. ÉTI0L0G1E
, „ enfant parce que le sperme d'un homme syphilitique est incapable d'opérer la fécondation. 11 faut en laisser la responsabilité aux écrivains spéculatifs du dernier siècle, à qui elle appartient.
Je ne puis quitter ce sujet sans dire quelques mots d'une controverse qui a été soulevée par Hunter et Nisbett :
Un homme atteint de syphilis peut-il, en cohabitant avec une femme enceinte, donner directement celte maladie au fœtus, sans avoir infecté la femme?
Malgré l'étrangeté apparente de cette question, il faut cependant la discuter, car elle ne laisse pas que d'avoir sérieusement préoccupé plusieurs syphiliographes. Dès 1698, de Blegny remarquait (') que «l'on voit souvent des enfants naître véroles, quoique les semences qui avaient servi à leur conception eussent été pures, parce que leurs mères ont eu la compagnie d'hommes mal nets durant leur grossesse. » Hunter ( 2 ) dit que « le pus infectant peut, sans avoir produit l'action syphilitique dans les tissus de la mère, être porté à l'enfant tel qu'il à été absorbé et développer chez lui la même action morbide qu'il eût développée chez la mère. » Nisbett pense aussi que « le virus vénérien qui circule dans la masse générale peut infecter l'enfant, sans affecter la mère. » Cette idée d'une influence exercée par le père sur le fœtus déjà formé est tellement répandue que les peuples barbares
(') Page 101.
(') Truite de la mal. vin., 18.Ï2, p. b64.
croient à sa continuation jusque par de là la naissance. Chez les Caraïbes, au dire Èè M. Lucas ('), sitôt après l'accouchement, le père « se met au lit, et s'abstient six mois de manger des oiseaux ou des poissons, de peur que le nouveau-né ne vienne à participer des défauts naturels à ces animaux. »
D'ailleurs cette action d'un virus pouvant atteindre le fœtus sans compromettre la mère est rendue plus que probable par l'expérience journalière. Si, comme Mead ( 2 ), Deneux ( ! ), M. Piedagnel (*), M. Lebert, M. Depaul ( 5 ), M. Simpson ( 6 ), en ont vu chacun un exemple, la variole peut se déclarer sur le fœtus, la mère en demeurant exempte, pourquoi un agent très-analogue, le virus syphilitique, ne jouirâit-il pas de la même propriété, ne porterait-il pas ses effets uniquement sur le produit de la conception? Lawrence arguant précisément de cette analogie avec la variole, pense que le père peut, sans donner de mal à la mère, transmettre la syphilis au fœtus qu'elle porte dans son sein.
Voici un cas publié à l'appui de cette thèse :
Un homme atteint d'accidents vénériens eut des rapports avec sa femme enceinte de 6 à 7 mois. Elle ne fut pas infectée. Arrivée à terme, elle accoucha d'un enfant qui eut,
(') Traité de l'hérédité, t. 11, p. 12.
( 2 ) Traité de la petite vérole, cliap. îv, p. 337.
( 3 ) Gaz. méd. de Paris, 1852, p. 14.
(') Gaz. deshôp., 1848, p. 304.
(») Gaz. méd. de Paris, 1849, p. 2. I J2.
( G ) Edimb. Mont, journ. ofmedic. science, avril 1819.
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bientôt après sa naissance, des pustules manifestement syphilitiques. Il mourut au bout tlé neuf jours. Le père, peu de temps après, présenta les symptômes de la vérole constitutionnelle, et en fut guéri parles onctions mercurielles (').
Dans les faits de cet ordre il faut distinguer entre l'apparence et la réalité, entre la conséquence invraisemblable qu'on en tire et l'explication rationnelle à laquelle ils se prêtent. Certes, avec les hommes sérieux, je relègue au rang des fables l'hypothèse d'une impression causée par le sperme vicié d'un homme à l'embryon qui existe déjà depuis quelques mois ou quelques semaines. Entre ces deux êtres, il n'y a plus de rapport direct possible. Mais l'organisme de la mère ne peut- il pas servir de voie de communication de l'un à l'autre ? Son système circulatoire ne sauraitil circonscrire, isoler assez le virus pour le transmettre de l'homme avec qui elle cohabite à l'enfant qu'elle porte dans son sein, sans lui permettre de se répandre et de l'infecter elle-même? Des analogies nombreuses interdisent une réponse absolument négative à cette question. Depuis les observations de Mayo, de Giles, de Guérin, de M. Devay, de Gillivray, de Allen Thomson, d'Olgive, de M. Fournet sur la transmission de certains caractères, dans les espèces animales, et de quelques maladies chez l'homme, on sait à n'en pas douter qu'une veuve bien portante, mariée en secondes noces à un époux irréprochable sous le rapport sani-
(') Albers, Ueber erkenntnifs und leur der syphilis, Handkrankhand, l. c, p. 19.
taire, peut avoir de cette union des enfants entachés d'un vice qu'offrait son premier époux. Or, qu'y a-t-il eu là sinon le passage d'une influence morbide allant tout droit de l'homme à l'enfant, à travers le système organique de la mère qui n'a été qu'un conducteur et non un intermédiaire participant? Je citerai, dans l'espèce morbide dont il s'agit spécialement ici, un exemple démonstratif de cette sorte de transport.
Un homme eut une syphilis rebelle dont il fut traité à l'hôpital du Midi, et à laquelle il succomba. Mais durant sa maladie, il avait eu de sa femme une fille qui offrit, à deux mois, des boutons ulcérés à la vulve, et mourut sans avoir pris de remède.
La femme affirme qu'elle n'a, ni à cette époque, ni avant, ni depuis, jamais eu de maladie vénérienne. Dix-huit mois après son premier accouchement, elle se remaria avec un homme sain, et eut de lui un enfant qui présenta aux parties génitales et au front des boutons semblables à ceux que le premier avait eus. Ne pouvant l'en faire guérir, elle entra avec lui à l'Ourcine. On put constater sur cet enfant, alors âgé de -4 mois et demi, des tubercules évidemment syphilitiques au front, à la bouche, aux cuisses, aux fesses et au scrotum.
La femme examinée attentivement n'avait ni lésions syphilitiques actuelles, ni aucun vestige qui en accusât d'anciennes. Elle portait seulement sur la lèvre antérieure du col une rougeur granulée de la largeur d'une pièce de 25 centimes (').
(') Cette observation est rapportée par M. Vidal, Gaz. deshôp., 1811, p. 545. Il considère la rougeur granulée du col comme un phénomène suffisant pour prouver l'existence de la diathèse syphilitique chez cette femme. Mais une lésion aussi légère , aussi franchement fille de l'inflammation pure et simple, peut-elle lé-