PARTIE IV. — MÉDECINE LÉGALE
même distinction est presque impossible à faire quand les uns sont déjà apparus depuis deux mois et les autres depuis trois. Avec une grande habitude le praticien pourra cependant quelquefois tirer les déductions les plus lumineuses de la détermination de la période à laquelle le mal en est, à un même moment, arrivé chez l'enfant et chez celle qui l'allaite. En voici deux exemples, l'un dans un sens, l'autre dans l'autre, tirés des mémoires d'un homme dont personne ne contestera le profond savoir et la prudence judicieuse.
Une femme vint consulter Cullerier ('), ayant les seins ulcérés et tuberculeux, tout le corps couvert de pustules lenticulaires et squameuses. Son nourrisson, âgé de 7 mois, n'avait que le coryza et quelques pustules aux parties génitales. Cullerier prononça, d'après la nature et l'ancienneté des symptômes de la nourrice, qu'elle avait été infectée avant que l'enfant ne prît du mal. — Ce jugement était d'autant plus méritoire que les apparences semblaient en infirmer l'exactitude; carie père et la mère, ayant eu des chancres dans le commencement de la grossesse, se croyaient coupables. — M. Cullerier demanda à voir le mari de la nourrice, reconnut une large cicatrice à son aine, et obtint de lui l'aveu qu'il avait eu là autrefois une grosseur suppurée.
Malgré mon respect pour l'autorité de Cullerier, je ne puis voir dans sa sentence les caractères d'une évidence inattaquable. La différence d'apparence entre les lésions de l'enfant et celles de la nourrice était-elle assez profonde pour lui donner le droit d'inculper celleci sur le témoignage d'une simple cicatrice de son
(') Journ. gén. de méd.,t LV, p. 32, 1816.
mari , comme de décharger les parents malgré leurs explicites aveux? Le second fait est à l'abri de ces objections.
Cullerier (') fut appelé à visiter une enfant de sept semaines affectée de pustules commençantes aux grandes lèvres et à Tamis. La nourrice, examinée le même jour, n'offrit -rien de morbide aux parties génitales non plus qu'aux mamelons. Huit jours après, elle revint avec les parents de l'enfant, ayant alors aux seins quelques ulcérations. Ils l'accusaient, n'ayant eux-mêmes point de mal, à leur dire, d'avoir infecté leur fille. Cullerier, se rappelant que, une semaine auparavant, il avait trouvé ses mamelons parfaitement intacts, quoique, à cette époque, le nourrisson fût déjà malade, déclara que la contagion ne venait point de la nourrice. — Des aveux tardifs du père expliquèrent ensuite l'événement conformément à cette version.
Malgré les fortes probabilités qui résultent de ces appréciations, il ne faut pas oublier que la vitalité plus active de l'enfant peut précipiter chez lui la marche des symptômes et en abréger l'incubation. A aspect de date égale, les accidents syphilitiques devront donc, en général, être considérés sur lui comme plus anciens que sur la nourrice.
Une autre éventualité viendrait encore ébranler les conclusions que l'on en voudrait tirer, c'est la possibilité d'une contagion médiate. Dans le second cas qui vient d'être cité, si la nourrice avait eu du virus déposé par un autre enfant sur son mamelon, la petite fille n'aurait-elle pas pu le prendre par la bouche, et
(') Ibid.