PARTIE IV. MÉDECINE LÉGALE
condamnation? Sans contredit, un chancre prouve qu'il y a maladie transmissible ; mais avant d'être transmissible, elle a été transmise ; cherchez donc : c'est souvent en remontant jusqu'aux sources les plus éloignées que vous trouverez la véritable origine. La conduite de Cullerier, dans le cas suivant, est instructive à méditer :
Le président de la cour des vacations, dit-il, renvoya devant moi une nourrice qui se plaignait d'avoir reçu la maladie vénérienne d'un nourrisson. Effectivement, elle en présentait des signes constitutionnels, et disait avoir eu précédemment des ulcères à la bouche et aux seins. — Quant à l'enfant, âgé d'un an, il avait un ulcère superficiel et rond à l'intérieur de la lèvre supérieure; un autre semblable au périnée; ces ulcères avaient les caractères de la maladie vénérienne primitive.
Je rédigeai le certificat dans le sens suivant : « Attendu que je n'ai pu constater l'état de la maladie dans ses commencements, soit sur la nourrice, soit sur son mari, soit sur l'enfant, soit sur ses parents, il m'est impossible de déterminer absolument si l'enfant a donné ou reçu la maladie. »
Los pleurs de la nourrice m'avaient d'abord disposé à lui accorder ma confiance; mais comme elle disait que sa fille, âgée de 14 ans, avait aussi été infectée par ce nourrisson, je me là fis amener. Elle avait les deux amygdales ulcérées, et une grosse pustule tuberculeuse sur la grande lèvre gauche. Cependant, en l'examinant de plus près, je trouvai à l'intérieur des petites lèvres quelques ulcérations, l'hymen déchiré et le vagin assez large. Elle avoua, du reste, avoir eu des rapports sexuels. Il est donc probable que c'est elle qui, atteinte de chancre, en avait donné à l'enfant, à la bouche et au périnée, en le nettoyant (*).
(') Journ. gén. de méd., loc. cit.
Au moment même où je corrigeais les épreuves de cet ouvrage, le fait suivant est "venu me révéler, sur le sujet dont il s'agit, un singulier concours de circonstances, bien capable d'embarrasser le praticien et de faire hésiter les magistrats.
Madame N... me consulta, dans lecourant de janvier 1854, pour une série d'accidents, dont elle me raconta ainsi l'enchaînement. Mariée depuis quinze mois, elle eut vers le milieu de sa grossesse quelques boutons aux parties génitales (son époux avouait une maladie vénérienne antérieure, mais dont il s'était cru guéri à l'époque du mariage). M. le docteur Dr... fil suivre à cette dame un traitement composé principalement de pilules; et lui affirma qu'elle n'avait plus rien à craindre ni pour elle, ni pour son enfant à venir. Effectivement, quant à elle, elle est, depuis lors, restée fraîche et bien portante.
L'accouchement se fit à terme. L'enfant, sain, fut donné à une première nourrice. Mais comme il paraissait ne pasy profiter, on l'en retira au bout de trois mois, pour le confier à la femme P..., habitant à He... A ce moment, l'enfant, quoique affaibli, n'avait, ni d'après sa mère, ni d'après cette nouvelle nourrice, aucune trace apparente de maladie. Que se passa-t-il alors? On n'a pu, ni d'un côté ni de l'autre, me renseigner bien exactement à ce sujet. Mais, deux mois après le changement de nourrice, la femme P... se trouva dans un état tel qu'on dut lui donner des soins médicaux; et c'est alors qu'elle me fut amenée, avec son nourrisson, par la mère, madame N...
Je constatai chez la nourrice : une cicatrice récente, non indurée, immédiatement au-dessous du mamelon droit, large comme une pièce de 1 franc; un engorgement axillaire indolent; tubercules muqueux au gosier et à la vulve; raucité de la voix ; impétigo du cuir chevelu, alopécie ; débilitation profonde; pâleur et amaigrissement ; absence d'engorgements