PARTIE IV. MÉDECINE LÉGALE
inguinaux; pas de vestiges visibles de chancre primitif aux parties génitales.
L'enfant, alors âgé de cinq mois, couvert de taches fauves sur la poitrine et le tronc, ainsi que sur les bras, avait de larges soulèvements épidermiques aux jambes, aux pieds et aux mains. Le ventre tuméfié, l'amaigrissement extrême, le refus fréquent de teter, les cris presque continuels faisaient craindre quelque lésion viscérale et présager une mort prochaine. Il portait encore aux commissures labiales quelques tubercules muqueux exulcérés;
Je soumis la nourrice à l'administration de l'iodure de mercure, et du fer ; elle guérit assez rapidement. — Quant à l'enfant, soupçonnant chez lui l'induration du foie, je ne lui prescrivis, en fait de spécifiques, que des frictions mercurielles sur l'hypocondre droit, mais très-fréquemment renouvelées; plus, l'ingestion d'un peu de bouillon et de lait de chèvre, que le séjour à la campagne permettait de se procurer aisément.
— Aujourd'hui, 24 mars, il paraît se ressentir heureusement de l'effet de ces soins ; du moins il vit encore, quoique le pronostic le plus sinistre et à bref délai eût été porté sur son compte par tous ceux qui l'avaient approché.
Mais revenons au point de vue médico-légal. La femme P... prétendait que, non-seulement l'enfant N... lui avait donné du mal, mais qu'elle-même l'avait ensuite transmis à son mari. Je ne révoquai point en doute la possibilité du fait, mais demandai cependant à le constater par moi-même. Cet homme vint donc me voir le 23 février. Or, que trouvai-je chez lui? Deux chancres du repli balano-préputial, presque cicatrisés, mais manifestement indurés, avec la pléiade bi-inguinale caractéristique, et déjà des tubercules muqueux sur les amygdales.
— Interrogé par moi, il voulut répéter l'accusation contre le nourrisson infecté ; mais je n'eus pas besoin de longs discours pour lui faire baisser les yeux, pour lui prouver que cette allégation, qui n'était de la part de sa femme qu'une erreur, prenait, dans sa bouche , à lui, les proportions d'un men-
Évidemment, le siège et Y aspect des chancres du mari P. . . s'opposent à ce qu'on les accepte comme effet de la transmission d'une lésion congéniale. Il est, pour moi, hors de doute qu'il les a pris par un coït impur, extra-conjugal. — Mais, évidemment aussi, sa femme a reçu, dans l'allaitement, la contagion par le fait de son nourrisson héréditairement infecté.
Les époux P... réclament de madame N... une indemnité. Celle-ci, instruite de ma manière de voira l'égarddu père nourricier, se montre maintenant peu disposée à céder. Supposons que les tribunaux soient appelés à vider ce débat. Supposons que, aigrie par cette situation, madame N... en vienne (comme cela arrive si souvent) à nier tout ce qu'on ne peut lui prouver, à rétracter ses premiers aveux sur la maladie de son mari et sur les boutons de la vulve qu'elle eut pendant sa grossesse. Supposons, en outre, qu'un avocat habile, initié à la connaissance des procédés de discussion familiers à l'école de M. Ricord, entreprenne d'établir que le mari P. . . a été, en même temps que le primitif, le premier coupable!... Alors je craindrais beaucoup, je l'avoue, que le fond ne fût sacrifié aux apparences, et que les juges, croyant statuer en toute équité, n'accordassent à madame N... l'indemnité à laquelle la femme P... a, selon moi, et malgré les torts de son mari, réellement droit.
Toutefois un chancre primitif (j'entends reconnu à coup sûr pour tel, à l'aide de l'inoculation même, s'il est besoin) existant chez un enfant, et qui n'a pas