‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 154 sur 204 · PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE

médication prophylactique. Sans en faire une condition absolue, je ne refuserais donc point un traitement de prudence à un client qui, exempt pour le moment de vérole, mais l'ayant eue jadis, viendrait, comme cela se voit fréquemment, me demander ce traitement pour ce seul motif qu'il est sur le point de s'établir. Je ne le refuserais point ; et même pour peu que les symptômes passés eussent été graves, — pour peu qu'ils me parussent, d'après le récit du malade, avoir progressé vers la période tertiaire, — pour peu que leur disparition ne fût que de date récente, — pour peu que les spécifiques eussent été, à l'époque de leur existence, administrés parca manu, je croirais remplir mon devoir en prenant moi-même l'initiative de lui signaler l'opportunité d'un nouveau traitement à subir.

Second cas. — Le mariage est' conclu lorsque l'on consulte le médecin ; ou bien il s'agit d'une de ces unions qui se passent de renseignements aussi bien que de formalités et ne demandent l'avis de la Faculté qu'après coup.

L'office qui nous échoit peut devenir dans ces circonstances extrêmement délicat à remplir. Le premier soin, le plus urgent est sans doute de soumettre à un traitement actif celui des deux conjoints qui est syphilitique. Mais ce n'est ni en quelques jours, ni en quelques semaines que l'effet des médicaments peut corriger la dyscrasie au point de mettre le sujet à même de fournir une part irréprochable à l'acte fé-

condant. Il faut donc, avant tout, par les voies de persuasion ou même d'intimidation les plus efficaces, interdire provisoirement les rapprochements sexuels. Mais si de la théorie on passe à l'application, que de difficultés battent en brèche l'exécution d'une telle défense! Ce n'est point ici le lieu d'énumérer les in> possibilités qui se dressent contre elle. S'il est des conjonctures où l'accomplissement de cette fonction est , comme l'a dit Ricord, un devoir social obligatoire, n'est-ce pas dans ce cas où la froideur de l'époux, la résistance de l'épouse, interprétées par les parents, commentées par les étrangers, susciteraient les soupçons les plus injurieux et malheureusement, dans l'espèce, les mieux fondés? Le médecin ne doit-il pas, en pareille occurrence, faire plier la dignité de son ministère devant l'intérêt bien plus sacré des familles dont le repos est entre ses mains? S'il n'était question que de protéger le vice contre les malheurs qui sont sa juste punition, je comprendrais qu'il hésitât à s'engager dans de telles explications. Mais les suites d'une faute frappant ici sur ceux qui pourraient répéter avec le fabuliste :

« Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né? »

les scrupules du docteur ne seraient qu'une pruderie blâmable.

Or, s'il s'agit d'un homme, on connaît les expédients qui peuvent rendre le coït non fécondant ; c'est au praticien de juger, d'après le caractère de son

client, dans quelle mesure il peut se permettre de lui enseigner ces moyens, ou de les lui rappeler. 11 est aussi un autre procédé pour éluder le résultat appréhendé, pour éviter la fin sans renoncer aux moyens. L'ovulation spontanée périodique chez la femme conduit à déterminer les époques où les chances de la féconder sont à leur summum, celles, par contre, où la copulation a le plus de probabilités de s'effectuer sans amener la conception. 11 a plu à un homme de beaucoup d'esprit (') d'approuver ce dernier procédé, tout en flétrissant le premier, le plus usuel, sous le nom d'onanisme conjugal. Je ne vois guère quel avantage, religieux ou hygiénique, notre ingénieux confrère peut trouver à perfectionner ainsi le mécanisme de la copulation stérile, à en faire d'une question de lieu une question de temps, puisque le but, l'intention, le résultat seraient des deux côtés les mêmes. Si néanmoins sa solution calme quelques scrupules, on peut en faire usage et la conseiller dans l'occasion, mais toutefois sans lui accorder autant de valeur qu'à l'autre pour atteindre l'effet désiré.

Ces règles n'ont presque jamais besoin de s'appliquer qu'à l'homme. Une femme se trouvant placée après son mariage dans la même situation n'aurait, je crois, que bien peu d'espoir d'en sortir à l'amiable. Forcée d'opter entre une confession déshonorante et le danger de donner le jour à un enfant syphilitique, elle acceptera bien souvent une éventualité qui ne la

(') M. Devay, Hygiène des familles, t. II, p. 76 etH3.

touche qu'indirectement, et qui n'est que probable, pour se soustraire à un malheur personnel, assuré et actuel. Et qui peut, cependant, calculer ce que les indispositions feintes ou grossies pour les besoins de la causé, l'absence, la coquetterie, les soupçons habilement exploités, les mille armes défensives qui composent l'arsenal de la femme aimée lui donneraient de puissance pour différer, au moins durant les époques de la ponte périodique, les rapprochements sexuels, jusqu'au moment où le traitement serait venu lui apporter des garanties suffisantes (') !

Quant au traitement lui-même, sans doute il donne des chances de préserver l'enfant qui naitra; niais, on ne saurait trop le répéter, il ne donne que des chances, et point une certitude complète.

Toutefois, il faut ajouter immédiatement qu'il en assure d'autant plus qu'il a été institué de meilleure heure, et continué plus longtemps, et à dose plus rapprochée de celle qui démontre l'action suffisante du remède par l'apparition de ses effets physiologiques sur l'économie. L'inefficacité possible de la médication antisyphilitique dans cette conjoncture n'est donc, à nos yeux, qu'une raison déplus pour engager

médecin à en hâter et à en prolonger l'administration autant qu'il est en son pouvoir.

(') Si l'on me reprochait l'approbation que je semble donner à ces manœuvres, je ferais observer que, à part leur but prophylaclique, elles se justifient encore parla durée essentiellement passagère de l'espace de temps où leur emploi serait autorisé.

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