PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE
Troisième cas. — Le médecin a été appelé trop tard : il y a déjà grossesse. Ici l'espoir de préserver le fœtus diminue dans une proportion notable, proportion relative d'ailleurs à l'infection soit de l'un, soit des deux époux, et aussi à la période où la gestation était parvenue au moment où l'on a pu commencer le traitement. Dans le doute, il n'y a qu'une ligne de conduite à adopter : Prescrire immédiatement les antisyphilitiques, et en pousser l'administration avec toute la vigueur que comportent la constitution de la femme et la manière dont elle soutient l'action du remède. Nous avons dit ce qu'il faut penser de l'influence attribuée au mercure pour produire l'avortement. Il en est, au contraire, comme l'a bien établi M. Vannoni ( 1 ), le préservatif le plus puissant : et s'il n'y met pas toujours obstacle, cela vient soit de ce que le virus avait de l'avance sur son antidote, soit de ce que la susceptibilité qui accompagne si souvent la gestation a rendu impraticable d'en élever ou d'en prolonger suffisamment les doses. Mais pour oser l'accuser de faire ce qu'il n'a pu empêcher, il faut n'avoir jamais consulté les archives de la science, où les exemples de son admirable pouvoir abondent ! Il importera donc de contrevenir aussi formellement et aussi promptement que possible au précepte de de Blegny ( 2 ) qui ordonnait d'attendre , pour traiter une femme enceinte affectée de syphilis, « que la grossesse
(') II raccogl. med., aoùl 1842.
(») L'Art de guérir les mal. vénér., p. 365.
fût un peu avancée. » Je l'ai déjà fait pressentir, toutefois, et je dois le répéter explicitement : on voit assez souvent la vérole atteindre le fœtus quoique la mère ait fait durant sa grossesse un traitement général réputé complet. En voici deux exemples :
Une femme (*) contracte la syphilis an quatrième mois de sa grossesse; elle en guérit parfaitement, par les remèdes appropriés, avant le septième mois. Elle accouche d'une fille qui paraît d'abord saine, mais qui, au bout de quelques mois, fut atteinte d'une syphilide maculeuse cuivrée, et d'un ulcère vers le voile palatin. De plus, cette enfant transmit la maladie à une femme qui était chargée de la soigner.
Une femme ( 2 ), enceinte de six semaines, prit des pustules aux grandes lèvres. Elle fit à l'hôpital des vénériens de Paris un traitement de soixante jours, et en sortit guérie. Elle accoucha à 7 mois d'un enfant faible, qui eut, au bout de 30 jours, des pustules humides à la région ano-génitale, et communiqua l'infection à sa nourrice.
J'ai choisi à dessein ces deux observations, parmi celles analogues où j'aurais pu puiser, parce qu'elles m'ont paru mieux faites pour dévoiler l'insuffisance du mercure. Que, lorsque la vérole existait chez les deux parents, ou chez l'un seulement mais avant le coït fécondant, les spécifiques restent inefficaces, cela n'a rien d'étonnant, puisqu'ils avaient alors à lutter contre l'intoxication du sperme, de l'ovule et du sang maternel, c'est-à-dire des éléments de formation et de
(*; The Edimb. med. and surg.journ., 1851, p. 366. ( 8 ) Mémoire sur la transm. du mal vénér. de la mère à l'enfant, p. 50.