‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 156 sur 204 · PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE

nutrition du fœtus. Mais quand, au contraire, comme dans les deux cas ci-dessus, la syphilis n'a commencé qu'après la conception, le remède n'avait plus qu'à purifier le sang de la mère ; et s'il n'a pu y réussir, son impuissance à remplir cette indication, comparativement minime, est un gage bien évident des échecs qu'on doit en attendre lorsqu'on a davantage à lui demander.

Mais en revanche, comme contraste à ces cas exceptionnels, que de fois n'a-t-on pas vu le mercure permettre, quand il n'a été pris qu'en trop petite quantité, l'avortement ou l'empoisonnement fœtal, et mettre au contraire irrévocablement obstacle et fin à ces accidents , du moment où le malade a consenti à en user à larges doses ! De pareils enseignements sont trop précieux , on a trop souvent dans la pratique besoin de les invoquer en vue de dissiper les préventions qu'inspire le mercure, pour que je craigne de paraître fastidieux en multipliant les exemples qui les mettent en lumière. En voici deux des plus saillants :

M. Beatty (') donnait des soins à deux époux affectés autrefois de maladie vénérienne, mais qui, depuis longtemps, n'en avaient plus de symptômes visibles. La femme eut successivement deux enfants nés à 7 et à 8 mois, qui vinrent au monde putréfiés. Elle avait suivi, entre la première et la seconde grossesse, un traitement mercuriel, mais qui fut incomplet. Elle devint de nouveau enceinte, en juillet 1813. M. Beatty lui déclara qu'il ne l'accoucherait qu'autant que M. Colles cer-

(') Pract. observ. on the vener. dis., p. 267.

tifierait que le nouveau traitement auquel elle allait se soumettre avait été poussé assez loin. Elle le fit effectivement suivant les règles qu'on lui imposa, et accoucha à terme, d'un enfant bien portant. Depuis lors, elle en a eu plusieurs autres également en bon état.

Un respectable mécanicien et sa femme vinrent consulter M. Colles (i), le 5 août 1834, pour des symptômes secondaires, dont il les traita par le mercure : avant ce traitement, elle avait eu deuxavortements. Deux ans après elle accoucha d'un enfant, bien portant en apparence, mais qui, au bout de deux mois, eut des symptômes syphilitiques très-oaractérisés et infecta une jeune fille de treize ans, domestique de la famille : il finit cependant par guérir. Le père et la mère subirent de nouveau un traitement plus complet. Depuis lors, cette femme a eu un autre enfant bien portant.

Mon sujet m'interdit naturellement toute digression sur les règles les plus propres à assurer le succès du traitement antisyphilitique chez les femmes enceintes. Je ne puis cependant m' empêcher de signaler quelques-unes des raisons qui contribuent parfois à en diminuer l'efficacité. Ainsi, on s'arrête beaucoup trop tôt lorsque l'irritabilité des premières voies, complication presque inséparable de l'état de grossesse, rend la médication mercuriellemal tolérée àl'intérieur. On fléchit devant cette contre-indication sans chercher à la surmonter par des tâtonnements, des essais réitérés; sans songer qu'on peut l'éluder au moyen des frictions, des fumigations, des lavements, des bains mercuriels. Cette dernière omission me frappe dans

(') Ouvrage cité, p. 291.

plus d'un cas de ce genre. Je la signale, surtout cà cause du nom de l'auteur auquel ou s'étonne de voir ce reproche applicable, dans l'observation de M. P. Dubois, publiée par M. Bouchut (').

Une seconde cause d'insuccès pourrait tenir à ce que le médicament n'a été pris que par la mère. Quand une femme enceinte et affectée de vérole vient consulter le médecin, celui-ci croit avoir satisfait à l'indication dans toute sa rigueur si, après avoir ordonné les remèdes appropriés, il en surveille l'exécution jusqu'au moment où ils paraissent avoir neutralisé le principe morbide. Peut-être cependant y a-t-il quelque chose de plus à faire. Peut-être, si le mari est syphilitique, faut-il l'engager, lui aussi, à subir un cours mercuriel dans l'intérêt de son enfant. Certes, les faits rapportés dans la première partie de ce travail (p. 30) ne démontrent point la réalité de l'influence que Hunter et Nisbet attribuaient à la semence du père vérole sur le fœtus déjà formé; mais ils me semblent pourtant de nature à laisser quelques doutes dans l'esprit. Pour ma part, donc, si une femme avait eu déjà, en dépit de traitements complets, plusieurs enfants atteints de diathèse syphilitique, je suivrais l'exemple donné par Colles dans l'observation précédente, et je soumettrais le mari ainsi que la femme à l'usage des préparations antivénériennes. A plus forte raison me déciderais-je à ce parti si le mari offrait à ce moment quelque signe ca-

(') Ouvrage cité, p. 879.

cactérislique constitutionnel ; et je ne vois pas pourquoi l'on ne choisirait pas alors de préférence la grossesse de sa femme, époque où la continence, auxiliaire précieux de ces traitements, doit lui être plus facile, pour lui prescrire des remèdes auxquels d'ailleurs il aura à recourir tôt ou tard.

Une autre circonstance, plus facile à constater, peut encore empêcher l'effet préservatif du traitement spécifique. Appliqué aux deux parents, ce traitement a été sagement combiné, suivi avec persévérance, bien supporté. Et cependant l'enfant naît avec des signes, des symptômes irrécusables!... C'est qu'il s'est écoulé trop de temps entre la cessation des remèdes et la conception. Leur effet sur les manifestations de la diathèse avait été souverain ; mais la diathèse elle-même a persisté, et accumulant graduellement sa force a opéré alors une décharge qui, à défaut de l'enfant, aurait peut-être porté plus tard sur quelque organe de ses parents, mais dont il a été victime parce que le travail nécessaire à sa production a suscité dans leur organisme une de ces révolutions qui font passer la diathèse de l'état de puissance à celui d'action.

Le fait de Simon (cité p. 232) montre que les choses peuvent se passer ainsi, puisque le premier enfant d'un homme traité par le mercure échappa à la vérole et que les quatre suivants en furent atteints.

Faut-il, d'après ces données, formuler le précepte d'attendre qu'une grossesse ait lieu pour ordonner le mercure chez une femme qui a eu jadis des accidents

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