PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE
syphilitiques mal soignés? La conséquence pourrait être logique ; mais il n'y en aurait pas de plus pernicieuse en médecine pratique. En effet, si l'on pouvait connaître d'avance, et "deux ou trois mois d'avance, le moment de la conception , peut-être serait-il préférable d'attendre cette époque pour administrer les remèdes. La constitution étant fraîchement saturée de leur influence spécifique se trouverait, lors de la fécondation, pour ainsi dire à son minimum de syphilis et à son maximum de mercurialisation. Mais cet espoir n'élant qu'une chimère, il vaut mieux, il est impérieusement requis de prendre ses sûretés alors qu'on le peut, et de commencer le traitement, quand l'indication en existe, aussitôt qu'on a la malade à sa disposition, sauf à le réitérer lorsqu'une grossesse vient ajouter à de nouveaux désirs de sécurité de nouveaux motifs d'inquiétude.
C'est là en effet la conséquence que je déduis des considérations précédentes, et je n'hésite pas à la proposer comme règle de conduite parce qu'elle répond aux suggestions rationnelles de la théorie aussi bien qu'aux desiderata les plus méticuleux de la pratique. Répéter l'administration des antisyphilitiques à-chaque grossesse paraîtra sans doute à beaucoup un précepte trop sévère ou un excès de pusillanimité. Mais je ne l'applique ni à tous les malades ni à tous les cas. Je ne voudrais point en faire une mesure générale de prudence, applicable même à celles qui malgré une syphilis antérieure ont eu déjà un ou plusieurs accou-
chements heureux. Mais lorsque, au contraire, l'expérience a déjà parlé, lorsque ce stigmate fatal a tué ou flétri un, deux enfants, alors je refuse de regarder un traitement mercuriel, même quoique suivi d'une troisième parturition normale, comme garantie tout à fait suffisante de la santé du quatrième enfant : et durant cette dernière grossesse, je n'aurais ni scrupule ni hésitation à conseiller, pendant qu'il en est encore temps, le seul complément de sûreté que les parents puissent avoir, l'administration à nouveau des spécifiques. Le fait suivant va montrer si ma défiance part d'appréhensions sans fondement :
M. P... (') avait eu un ozène syphilitique dont il fut guéri par la solution de Plenek. Il se maria à une fille qui , à l'âge de 18 ans, avait eu un chancre à la vulve, dont elle guérit lentement par l'usage interne et externe du mercure. Depuis lors, ni l'un ni l'autre n'offrirent le moindre symptôme de syphilis. Un premier enfant naquit sain, mais fut couvert, au bout de 14 jours, d'une éruption de vésicules miliaires, qui s\igrandirent, crevèrent et laissèrent à leur place ici des taches brunes, là des ulcères. Traité sans succès par l'éthiops minéral, il succomba. La mère eut six autres enfants qui présentèrent les mêmes lésions et moururent. Enceinte une huitième fois, on lui fit suivre un traitement par le mercure doux. L'enfant qui naquit alors est un garçon qui se porte encore très-bien aujourd'hui. A la neuvième grossesse, on répéta le traitement mercuriel et le résultat en fut aussi heureux. Pendant la dixième grossesse, on négligea de recourir au même moyen. L'enfant, d'abord bien portante, fut aussi couverte d'éruptions syphilitiques, et succomba dans le marasme au bout de six mois. La mère, enceinte pour la onzième
(') Εterreichishe medicinische Wobhensschcrift, 1842.