PARTIE I. ÉTI0L0G1E
mulé , ou guéri au moment de l'accouchement ! Qui vous répond de lui? Qui vous prouve que ce n'est pas de son fait que la diathèse a été transmise au produit de la conception ? Comment savoir s'il n'y a pas au moins pris une part ; si, sans l'intervention de sa semence contaminée, la femme, quoique malade, n'aurait pas pu fournir un ovule sain et le conduire tel jusqu'à terme? La chose est d'autant plus difficile à vérifier, que le plus souvent c'est le même homme duquel la femme a contracté la syphilis, qui devient le père de ses enfants.
Pour éclaircir ce problème, il faut donc, non pas invoquer, entasser au hasard tous les cas de fœtus vérole issu d'une mère vérolée, mais profiter des circonstances rares où, l'influence paternelle étant accidentellement annihilée, il est possible de mieux préciser ce qui appartient en propre à la mère.
Si, par exemple, une femme ayant pris la •vérole d'un premier époux, devient veuve, se remarie avec un homme pur d'antécédent suspect, si les enfants qu'elle a de ce second lit ont des signes manifestes de la syphilis, ne semhle-t-il pas évident qu'ils ne peuvent la tenir que de leur mère?... Eh bien, cet ensemble de circonstances s'observe souvent. L'histoire suivante en fournit une preuve assez circonstanciée pour mériter d'être connue.
La veuve C... consulta M. Vassal en septembre 1779, pour deux bubons et soixante verrues vénériennes à la vulve et au périnée. Il lui fit prendre du mercure durant trois mois. —
36 Oli LA SYPHILIS DES NOUVEAU-NÉS.
Elle se remarie, devient grosse en 1801. Son enfant, donné à une nourrice dont l'auteur avait vérifié la bonne santé, prend au bout de 3o jours des pustules humides aux parties. Le mari, sur ces entrefaites, meurt d'une fièvre ataxique, sans avoir jamais eu de symptôme syphilitique.
Elle se remarie encore en 1 804, et accouche de deux jumeaux frêles, ridés, dont l'épidémie se soulevait, qui furent atteints d'ictère 'le 5™ jour, et succombèrent l'un le 9 mc , l'autre le 12 me jour. En 1807, -i me grossesse. L'enfant, confié à une nourrice saine, offre au bout de 32 jours, des croûtes épaisses au front et dans les cheveux, avec une suppuration abondante et fétide. On le traita par le mercure et il guérit. — La mère, quoique n'ayant plus depuis longtemps de trace de mal, et quoique n'ayant jamais rien communiqué à ses maris, s'est décidée, dans l'intérêt de ses enfants à venir, à suivre aussi un traitement mercuriel (').
On pourrait multiplier les observations de ce genre ; mais, comme preuve du pouvoir infectant exclusif de la mère, elles demeureraient toujours passibles d'une objection sérieuse. Car rien n'empêche de penser que, ici comme dans les faits mentionnés au chapitre cidessus, c'est l'influence du père précédent qui, persistant dans l'organisme de la mère, a seule opéré l'intoxication vérolique de ses enfants ultérieurs. 11 faut donc chercher à se placer dans d'autres conditions.
Or, pour aider à dégager cette inconnue, il n'est pas de meilleur moyen que les histoires de syphilis communiquée par l'allaitement. Une femme, jusquelà bien portante, reçoit un nourrisson entaché de vérole. La maladie passe de cet enfant a elle-même. De-
(') Vassal. Mém. sur la transmiss, du virus venir, de la mère a l'enfant. Paris, 1807, p. 40.