PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE
future? C'est, à mes yeux, un oubli impardonnable; nulle considération étrangère, nul certificat de moralité ne doit dispenser la femme de cette épreuve ; et celle qui s'offenserait de s'y voir soumise, serait justement celle sur qui je l'exécuterais avec le plus de défiance et le plus de soin. On trouvera parfois dans l'exploration de la vulve et du col utérin, de l'anus, des aines, de la nuque (') de l' arrière-bouche, des signes ou des vestiges accusateurs d'une infection actuelle ou passée. Et leur absence, si on la constate, sera au contraire une garantie des plus rassurantes pour l'avenir du nourrisson. Mais tout ne se borne pas là cependant, et il faut se garder de trop tôt conclure.
Rosen (op. cit., p. 540) donnait un sage conseil en recommandant d'examiner non-seulement la nourrice, mais aussi le nourrisson qu'elle allaite actuellement. Cet avis est d" un praticien éclairé. Rosen avait probablement reconnu par expérience ce que j'ai catégoriquement établi plus haut, savoir : que lorsque la nourrice transmet la syphilis à un enfant, presque toujours cette syphilis lui avait été donnée à elle par un premier nourrisson héréditairement infecté. C'est de là que vient réellement le plus grand danger : c'est donc là que doivent porter les investigations les plus sévères du médecin.
(') Des ganglions indurés aux aines, et surtout à la région cervicale postérieure (vers la ligne où s'implantent les cheveux) doivent, même sans aucun symptôme actuel de syphilis, faire rejeter sans rémission la nourrice qui en est porteur.
11 ne suffit point, pour obtenir à cet égard le degré de sécurité possible, de vérifier la santé du nourrisson qu'on vous présente; car on a pu en louer un, pour jouer ce rôle. Voyez donc s'il tette réellement cette nourrice. Informez-vous s'il n'y en a pas, s'il n'y en a pas eu d'autres, de quels parents ils provenaient, dans quelle situation sanitaire ils ont été rendus, quelles ont été jusqu'au sevrage leurs maladies habituelles. Faites plus : allez dans le pays de la nourrice; visitez ses voisins; voyez s'il n'y a pas là quelque nourrisson dont l'état puisse compromettre celui que vous allez envoyer vivre à côté de lui. Interrogez le père nourricier. Profitez de l'envie qu'un nourrissage grassement payé (ou promis pour tel) attire toujours dans les campagnes sur celle à qui cette aubaine va échoir. Faites adroitement, mais sans la compromettre, jaser sur ses antécédents les commères, trop heureuses de rendre ce bon office à leur amie. Si vous n'avez rien appris de fâcheux, soyez alors en paix : pour sortir intacte d'une telle épreuve, il faut que la vertu de votre nourrice égale sa santé.
Je ne prétends point avoir par ces paroles tracé au praticien le programme de ses devoirs. Je dis seulement que si j'avais un enfant, j'aurais à cœur d'agir ainsi ; et je laisse à chacun de mes confrères le soin de décider jusqu'à quel point il lui convient, dans tel ou tel cas, de donner à son intervention ce caractère qui est plutôt du père de famille que du médecin.
L'infection qui n'existait pas chez la nourrice au