‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 162 sur 204 · PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE

moment où on lui donne l'enfant, elle peut la contracter ensuite. C'est pour cela qu'on préfère la garder à domicile et bien surveillée, que de la laisser chez elle, sans autorité possible sur ses actions. Parfois cependant la licence des mœurs de la ville agit sur elle en sens inverse des prévisions qui avaient fait adopter ce parti ; et comme d'ailleurs la santé générale de l'enfant ne peut que se fortifier par l'air de la campagne, on trouve quelques avantages à l'envoyer dans son pays. Mais les considérations qui peuvent faire pencher la balance dans l'un ou l'autre sens, dépendent à un tel point de conditions tout individuelles qu'il serait téméraire de se hasarder à poser ici une solution absolue. J'en ai dit assez cependant pour faire comprendre la nécessité de tenir la nourrice en observation pendant la durée entière des fonctions qu'on lui confie.

Dans certains cas, ce n'est pas contre la mauvaise foi de la nourrice qu'on a à se prémunir; c'est son ignorance qu'il faut éclairer. Sous le nom rassurant de gerçures, elles peuvent, sans s'en douter, porter au mamelon des pustules muqueuses ou de véritables chancres, lésions qu'elles transmettent d'autan plus aisément qu'elles ne les croient point contagieuses.

Quant aux nourrices qui, se sachant malades, veulent continuer d'allaiter, le médecin, s'il ne parvient à les en dissuader, ne peut que leur recommander de donner toujours le sein non affecté, en évitant tout contact, même passager, des lèvres de l'enfant avec l'autre. S'ils sont tous les deux atteints, elle devra

user de tétines : mais ce moyeu ne donne qu'une fausse sécurité ; et, si l'on a quelque influence sur elles, il vaut mieux en profiter pour leur conseiller ou de remettre l'enfant à une nourrice saine, ou de l'élever au biberon.

Pour ce qui concerne l'influence du lait provenant d'une nourrice syphilitique, je n'ai rien à ajoutera ce qui en a été dit au chapitre de l'étiologie.

Le péril vient quelquefois des personnes de qui on le redoutait le moins. J'ai suffisamment montré, par des exemples, à quelles causes de contagion, fortuites ou volontaires, accidentelles ou préméditées, la faiblesse du nouveau-né et son besoin constant de soins le tiennent exposé. Mais les avoir fait connaître est le seul moyen de les faire éviter ; rien ne saurait remplacer dans ce but l'enquête préliminaire dont j'ai indiqué les règles, et les visites réitérées et imprévues faites par les parents au domicile de la nourrice. L'œil du père est en même temps ici celui du maître ; il saura mieux qu'un autre découvrir les dangers dont l'imprudence, l'inattention ou des passions honteuses menacent son enfant.

Si une nourrice affectée d'accidents vénériens consulte le médecin, il devra la prémunir contre les conséquences de certaines pratiques très-usuelles, réputées inoffensives, et qui sont en réalité des moyens fréquents de contagion. Beaucoup de femmes ayant un chancre à la vulve, y portent les mains pour le panser ou pour calmer la démangeaison qui existe au voisinage; puis des mêmes doigts, elles dégagent leur

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