‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 165 sur 204 · PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE

que l'un est innocent du malheur qui le frappe, et que l'autre ne peut presque jamais être mise en demeure de refuser ou d'accepter avec pleine connaissance de cause les risques qu'elle va courir. En effet :

Un parti, au premier coup d'œil assez sage, consisterait à prévenir la nourrice de l'état de l'enfant qu'on lui donne. Elle serait alors libre de sa détermination, ne s'exposerait qu'à son escient, et pourrait prendre toutes les précautions préservatrices nécessaires. Mais cette conduite, l'expérience l'a prouvé, ne décharge la responsabilité des parents qu'aux dépens du salut de l'enfant. Les nourrices, en général, s'effrayent d'une pareille ouverture ; et celles, qui mues par l'appât d'une indemnité, consentent à courir des chances aussi graves, trouvent toujours moyen de les éluder, en frustrant le nouveau-né de son aliment naturel par la substitution d'une autre nourrice, ou d'un animal, ou du biberon, ou ce qui est pis encore, lorsqu'une exacte surveillance leur interdit ces fraudes, en lui refusant le sein aussi souvent que possible.

Un moyen s'offre quelquefois de résoudre la difficulté. Si la mère est capable d'allaiter son enfant, c'est toujours à elle qu'il faudra le confier. Outre l'avantage de n'exposer personne (car nous savons que le nourrisson n'infecte pas le sein de sa mère), on aura celui de pouvoir agir antisyphilitiquement et de la manière la plus douce sur lui. En effet, que la vérole vienne du père ou de la mère, celle-ci en a toujours plus ou moins ressenti l'influence, soit par le coït, soit par choc

enreiour(V.-p.236). L'administration des mercuriaux, si elle n'est pas formellement indiquée, ne se trouve donc au moins jamais contre-indiquée chez elle comme chez une nourrice étrangère, bien portante. Si, par conséquent, le médecin croit devoir ordonner les spécifiques, il ne rencontrera de sa part ni résistance, ni tiédeur à suivre ce traitement, qui, quoique souvent insuffisant pour la guérison de l'enfant, est cependant toujours un auxiliaire précieux des médications qu'on lui administre directement à lui-même.

Malheureusement, la même cause qui a infecté le fœtus a le plus ordinairement desséché ou altéré chez la mère les sources de la sécrétion mammaire. Il ne lui reste qu'un lait rare, ténu, séreux, appauvri, bientôt tari, d'autant plus pernicieux que l'enfant déjà débilité par l'influence commune qui pèse sur ces deuv êtres solidaires l'un de l'autre, aurait plus besoin d'une nutrition réparatrice. De sorte que l'alimentation fortifiante fournie par une personne étrangère, saine et robuste, contre-balancera et au delà pour lui le bénéfice de la médication médiate qu'il aurait pu recevoir du sein maternel. Le nourrissage pour la mère ne trouve donc que bien rarement, en pareil cas, l'occasion de s'accomplir dans des conditions que le médecin puisse approuver ; et il faut en revenir au choix d'une nourrice.

La syphilisation nous montre, il est vrai, la solution du problème; mais elle ne la montre qu'en perspective. Si un jour elle tenait ses promesses, on pourrait,

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en syphilisant des nourrices, les rendre réfractaires à la contagion. Alors, comme je l'ai déjà dit ailleurs ('), « il y aurait des'mamelles pour tous ces petits êtres, victimes innocentes des torts ou de la crédulité d'un autre. Tout enfant suspect trouverait sa nourrice syphilisée. L'égoïsme des riches n'aurait plus de prétexte pour sacrifier, au salut d'un rejeton notoirement infecté, la santé d'une villageoise, et souvent celle de toute sa famille. Et les administrations hospitalières s'empresseraient sans doute de donner l'exemple de cette utile innovation en excitant le zèle de leurs nourrices attitrées, à subir l'opération salutaire. »

Mais en attendant que ce rêve, que cet espoir, si l'on aime mieux, devienne une réalité , n'y a-t-il pas d'autres moyens d'arriver au même but, ou du moins d'en approcher? Voici ceux que je crois pouvoir conseiller, les ayant déjà mis en pratique avec succès.

Si l'enfant apporte en naissant ou offre, dès les premiers jours, des signes de syphilis, pour peu que la mère soit en état de l'allaiter, il faut insister pour qu'elle s'en charge. Une nourrice consentant à prendre un tel enfant, consentant de bonne foi à lui donner le sein, serait extrêmement difficile à trouver; et je ne me fierais qu'à moitié à de pareilles promesses. Est-il d'ailleurs licite d'imposer, même à celle qui déclare les accepter, des chances dont elle ne connaît jamais l'entière gravité? Dans tous les cas, si le médecin

(') Gaz. mèd. de Paris, {Soi, p. 539.

n'est consulté qu'après le marché conclu, il doit s'en applaudir dans l'intérêt du nouveau-né; mais il doit en même temps exiger des parents que la nourrice, attentivement surveillée, soit, par leurs soins, traitée dès qu'elle viendrait à offrir quelques symptômes apparents. Il lui enseignera aussi à elle, d'un côté, les signes auxquels elle pourra reconnaître l'invasion de la vérole ; de l'autre, les précautions préservatrices dont je parlerai tout à l'heure.

Mais le cas le plus commun n'est pas celui-ci. Dans la très-grande majorité, l'enfant nait sain, et les manifestations syphilitiques ne surgissent qu'au bout de plusieurs semaines. Dans ces conditions, en apparence plus simples, l'embarras des parents et du médecin est au contraire encore plus grand, parce que rien ne dégage leur responsabilité. En effet :

Quand des lésions visibles accusaient la maladie, la nourrice, éclairée par l'aspect de son nourrisson, demeurait maîtresse de le prendre ou de le refuser. Ici, tout est latent; si elle l'accepte, c'est de confiance; si elle en souffre plus tard, on ne pourra lui dire qu'elle l'a voulu, puisque rien ne l'avait avertie du danger qu'elle court. Lui révélera-t-on par des demi-mots, par quelques recommandations habilement gazées, la situation de l'enfant? Nous avons dit ci-dessus l'inconvénient grave qui résulte de ces confidences. Quelque réservées qu'on se soit imaginé les insinuer, elles ne peuvent moins faire, à moins de rester incomprises et de manquer alors entièrement leur but, que de donner l'éveil

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