‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 166 sur 204 · PARTIE Y. THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE Y. THÉRAPEUTIQUE

à la nourrice et de se traduire en conséquences défavorables à la santé du nourrisson. Il me répugnerait, d'ailleurs, fortement de sacrifier une femme saine, honnête, dans la. force de l'âge, à l'avenir très-problématique d'un enfant que tant de causes de mort, outre celle-là, menacent par suite de l'infection dont il porte le germe.

L'homme de l'art a ici dans ses devoirs des bornes sévères à sa condescendance. Il peut être le confident des parents : qu'il ne devienne jamais leur complice.

Dans les hospices on procède plus franchement

En remettant à la nourrice un enfant suspect, on l'avertit de son état, on lui fait connaître les symptômes qui peuvent se développer chez lui. Elle le nourrit artificiellement; et le rapporte à l'hospice dès qu'il offre quelque signe apparent. — Mais si c'est là la marche la plus morale, ce n'est pas, à beaucoup près, la plus avantageuse pour l'enfant.

Dans la pratique civile, il faut agir sur d'autres données. Apprécions-les d'après les circonstances diverses qui se présentent.

De deux choses l'une : la nourrice reste au domicile des parents; ou bien elle va habiter chez elle. Dans le premier cas, la conduite à tenir est des plus simples. Il suffit d'examiner attentivement, pendant les premiers mois, l'état de l'enfant. — S'il paraît à la bouche, soit ailleurs quelque accident dont la propriété contagieuse soit probable , comme on les voit naître, on est à temps de les réprimer aussitôt

par la cautçrisatiqn , tout en y travaillant aussi au moyen du traitement général que l'on pourrait, dans ces cas, avoir commencé dès la naissance. Ayant ainsi le sujet sous la main, libre de le visiter à toute heure, sachant l'époque, les lieux, presque le siège précis où les lésions les plus dangereuses, sous le rapport de la transmissibilité, peuvent se déclarer, le médecin vigilant arrivera le plus souvent à s'en rendre maître. Grâce à quelques légers soins préventifs indiqués à la nourrice, il aura donc réussi à guérir l'enfant, sans avoir exposé celle qui lui donne le sein et sans avoir été obligé d'interrompre l'allaitement.

A la campagne, loin de toute contrainte, de toute surveillance, le même système ne présente plus les mêmes garanties. Faut-il donc alors, pour mettre la nourrice en sûreté, lui tout avouer? Non; et voici ce que j'ai fait dans un cas de ce genre. J'écrivis au médecin du village qu'habitait la nourrice, et lui fis, de l'aveu des parents, une confession générale, sur le secret de laquelle la discrétion professionnelle était de sa part une garantie suffisante. Je le priai instamment d'examiner très-souvent l'enfant, et dès qu'il verrait le moindre symptôme contagieux qu'il ne pût neutraliser immédiatement, de faire suspendre l'allaitement naturel. — Il exécuta à merveille mes indications. Pour moins effaroucher la nourrice, il déguisait, sous mille prétextes, la fréquence de ses visites, tâchait de rencontrer comme par hasard l'enfant à la promenade, mettait en avant la crainte du muguet pour demander

à examiner la bouche, le désir de voir si la propreté était observée pour s'autoriser à explorer les parties génitales. Bientôt la nourrice sans défiance s'habitua à aller d'elle-même au-devant de cette inspection. Tant de soins eurent un heureux résultat. L'enfant que je traitais depuis sa naissance eut quelques tubercules muqueux aux commissures labiales. Avant qu'ils ne fussent bien caractérisés, et pendant qu'ils passaient encore sous le couvert de simples bouchures, mon confrère les cautérisa largement avec la pierre infernale (') et enjoignit à la nourrice de ne plus donner le sein gauche dont le mamelon était un peu excorié. D'autres éruptions spéciales parurent sur le cuir chevelu et en dedans des cuisses ; mais leur siège n'inspirant pas les mêmes craintes pour la contagion , on ne leur opposa que les médications topiques ordinaires. Bref, l'enfant guérit parfaitement, grâce à l'intelligente coopération de mon confrère, sans avoir cessé un joui" de téter sa nourrice, qui resta saine. — Ne serait-ce là qu'un fait de plus en faveur de la non-contagiosité de la syphilis congéniale?.... J'ignore comment il sera apprécié; mais il m'a semblé, à moi, digne d'être rapporté pour éclairer la conduite à suivre dans les cas pareils; lorsque, du moins, on a le bonheur de rencontrer un auxiliaire aussi habile et aussi dévoué que celui qui contribua si puissamment au succès de mon innocente diplomatie.

(') Dans le cas où ces symptômes auraient résisté, j'aurais fait allaiter l'enfant par une chèvre.

Peu de familles, il faut l'avouer, peu de médecins, peu d'auteurs prennent aussi sérieusement en main les intérêts des nourrices. De leur côté, quelques-unes de ces dernières trouvant pécuniairement leur compte à élever un enfant suspect, courent volontiers les risques de la contagion, mais désirent cependant les atténuer autant que possible. Il y a donc très-souvent lieu pour le médecin d'indiquer à une nourrice les précautions qu'elle devra employer pour se garantir de l'influence contagieuse du nourrisson.

Dans ces cas le premier soin à leur recommander est de condamner immédiatement à l'inaction tout sein dont le mamelon s'excorie. Dès qu'elles remarquent la moindre fissure, elles devront affecter exclusivement l'autre sein à l'allaitement, afin de donner à celui qui est gercé le temps de guérir complètement. Dût la nourriture de l'enfant en souffrir un peu, dût-on recourir au biberon pour remplacer la quantité d'aliment naturel qui lui est temporairement enlevée, cette mesure est de rigueur. Plus attentivement observée, elle préviendrait souvent l'infection de la nourrice : car Swédiaur, Vassal, Colles, M. Egan, etc., estiment qu'elle peut impunément continuer d'allaiter un enfant vérole, tant qu'il n'y a pas de gerçures à son mamelon. Cette immunité, du reste, est tout à fait en rapport aveo les lois générales de la contagion syphilitique. On sait, en effet, que sans en être une condition indispensable, l'ablation préalable de l'épiderme favorise puissamment son accomplissement. Je le répète : même sans

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