PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE
de la diathèse, et menacé de symptômes syphilitiques, quoique ceux-ci n'aient pas encore éclaté. Or, elle prévient chez lui l'apparition de ces symptômes : ceci résulte indubitablement des cas nombreux où nous avons vu une femme, mère jusque-là d'enfants véroles, n'en avoir de sains qu'après avoir prisdu mercure pendant sa grossesse. Pourquoi donc ce médicament n'aurait-il pas la même vertu lorsqu'il est donné à l'enfant après sa naissance, il est vrai, mais à une phase de la maladie parfaitement identique, ce me semble, à celle que je viens de préciser?
D'une autre part, l'emploi dans ce cas des remèdes aurait-il quelque danger? Je ne le pense pas. D'abord n'étant donnés que par prudence, ils ne le seraient jamais qu'avec modération. En second lieu, les lésions se manifestant, en général, avant la fin du premier ou du second mois, il n'y aurait jamais lieu de prolonger beaucoup au delà de ce terme le traitement de prévoyance. Enfin, rien ne faisant de sa continuation une obligation impérieuse, on le cesserait dès qu'il produirait quelque accident. On éviterait ainsi l'inconvénient trop fréquent de ces sortes de traitements inconsidérément faits chez les adultes pour de simples chancres primitifs ; cas où l'on voit le mercure appeler sur les gencives et sur la muqueuse digestive une habitude de fluxion qui en rend la reprise presque impossible, lorsque la vérole constitutionnelle venantensuite à se déclarer fait alors une indication formelle de le recommencer.
Mais si les dangers de cette conduite me paraissent nuls, ses avantages sont au contraire, âmes yeux, des plus frappants. Si on ne l'a pas vaincue entièrement, n'est-ce donc rien que d'avoir pu désarmer une diathèse dont on triomphe si rarement quand on attend pour la combattre le moment qu'elle a choisi et préparé elle-mêmepour faire explosion. Le mercure n'empêche pas à coup sûr les manifestations de reparaître ultérieurement, cela est vrai : mais, du moins (cette remarque appartient à M. Ricord), il éloigne l'époque de leur apparition. Faible service pour l'adulte ; mais précieuse, mais immense conquête lorsqu'il s'agit d'une existence aussi fragile que celle-là, d'un être chez qui la résistance vitale, presque nulle à la naissance, est encore si faible quejquelques semaines d'avance, gagnées ou perdues, sur l'invasion de la syphilis sont pour lui presqu'une question de vie ou de mort! D'ailleurs, en instituant le traitement avant l'irruption d'aucun symptôme, on peut en répartir la durée totale sur un espace de temps plus considérable, ménager les doses, ménager par conséquent la susceptibilité du petit malade plus qu'on ne le fait parfois lorsqu'on a différé les secours jusqu'au moment où le danger éclate dans toute sa force.
Proposé-je pour cela de mercurialiser indistinctement et sans exception tous les nouveau-nés qui, de par les antécédents de leurs parents, se trouvent plus ou moins suspects d'apporter le germe syphilitique? Non sans doute ; et d'autant plus que, comme je l'ai dit, on