‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 172 sur 204 · PARTIE V. — THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE V. — THÉRAPEUTIQUE

expressément qu'on n'admette à son bureau public de distribution du médicament que les enfants qui ont passé le douzième mois (p. 165). Et quand on songe que ce même Gardanne fut chargé par l'autorité (») « du soin de dispenser aux enfants des pauvres les médicaments nécessaires pour les guérir du mal vénérien, » on ne peut se défendre d'un sentiment de compassion pour les nombreuses victimes que fit sans doute cette inqualifiable temporisation fatalement érigée en système général.

A mes yeux, c'est le contre-pied direct de cette conduite qui constitue la véritable règle à suivre, à suivre sans exception et dans tous les cas. La faiblesse, la chloroanénie, l'étiolement, l'apparence scrofuleuse, l'ictère, le carreau qui, pour quelques médecins , sont autant d'obstacles à ce qu'on emploie les médicaments spécifiques, dépendent si souvent de lésions causées par la syphilis qu'ils en autorisent, qu'ils en commandent, selon nous, l'usage immédiat, bien loin de le déconseiller. Les recherches récentes de MM. Ricord, P. Dubois, Depaul, Gubler, etc. en signalant la fréquence des lésions viscérales syphilitiques, en montrant le rapport de causalité qui les unit aux divers désordres fonctionnels du nouveau-né, ont singulièrement contribué à prouver que les antivénériens peuvent bien plutôt guérir qu'aggraver, ainsi qu'on le croyait autrefois, les conséquences de ces états morbides. Pour moi, songeant

(') Voir l'arrêté du lieutenant de police du mois de mai 1770.

au pressant danger que la syphilis fait peser sur le jeune âge, et au puissant secours que les médicaments de cet ordre lui apportent, je serais presque tenté, malgré toute la réserve qu'un praticien doit garder en pareille circonstance, de m' écrier: Non, il ne peut jamais exister, dans ce cas, aucune contre-indication à l'administration immédiate des agents spécifiques !

§ 2. — Faut-il donner le traitement aux nouveàu-nés directement, ou par l'intermédiaire du lait qu'ils sucent?

Le traitement indirect, c'est-à-dire, administré à la nourrice, et parvenant ainsi médiatement à l'enfant par Je lait qu'il tette, a joui autrefois d'une grande faveur. Plus doux, plus graduellement administré, dissous d'une manière intime, dans un véhicule approprié par la nature même aux forces digeslives du nourrisson, n'arrivant dans son estomac qu'à doses très-réfractées, on y voyait le meilleur moyen de ménager cette susceptibilité extrême qu'on se plaît à prêter aux nouveaunés, et qui si souvent, en fait de thérapeutique antisyphilitique, a conduifà les ménager beaucoup plus que l'intérêt de leur guérison ne l'exige. Le traitement indirect fut donc longtemps en honneur. Colombier, Doublet, Faguer, médecins de l'hospice spécial de Vaugirard, ne doulent point que le lait de la nourrice ne s'imprègne de molécules mercurielles et ne soit capable de guérir l'enfant qu'elle allaite. Bertin en est un ferme partisan. « Le lait de la nourrice, dit-il, suffit assez souvent pour guérir l'enfant qui lui est con-

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