‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 175 sur 204 · PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE

une famille régnante, en Europe, aucun enfant n'avait survécu un certain âge avant l'application de ce traitement ('). » Aujourd'hui, de pareils moyens sont presque généralement abandonnés. Peut-être le sont-ils à tort ; et quelques tasses du lait d'un animal mercurialisé seraient-elles à la fois un bon aliment et un bon remède pour l'enfant syphilitique qui commence à associer au lait maternel quelque nourriture étrangère.

Le traitement indirect a toutefois à se prémunir contre un écueil qui lui ôte de son pouvoir et mêle même à son action quelque péril, souvent sans que l'on s'en doute. En général, c'est quand la nourrice est syphilitique qu'on lui donne des remèdes, afin qu'ils servent également à elle et à son nourrisson. C'est ainsi qu'on procédait à l'hospice de Vaugirard : c'est ainsi qu'on agit avec les mères qui. ayant été la source de l'infection de leurs enfants, veulent en leur donnant le sein leur transmettre, après le mal, .son remède. Cette pratique, que l'on croit sage et prudente, l'est effectivement en ce qu'elle permet d'allaiter l'enfant sans exposer une nourrice saine. Mais, au point de vue exclusif des intérêts du nouveau-né, peut-il être indifférent de le nourrir avec le lait d'une femme bien portante ou d'une femme syphilitique?... Il ne saurait, je l'accorde, y contracter la syphilis, puisqu'il l'a déjà. Mais une diathèse semblable, essen-

(') Traité complet des mal. vénér. ousyphil., t. II, p. 133.

tiellement débilitante soit par elle-même, soit par les remèdes qu'elle nécessite, une diathèse si souvent unie à la chloro-anémie, n'influera-t-elle pas sur le produit de la sécrétion mammaire? Et quand on voit les médecins , les parents si vigilants à surveiller l'altération que la moindre indisposition, l'émotion la plus légère de la nourrice impriment à son lait, ne doit-on pas s'étonner de les entendre tolérer, conseiller l'allaitement par une femme atteinte d'une dyscrasie aussi générale, aussi persistante que la syphilis? L'observation dont je vais donner le résumé montre, entre mille autres, les effets de cette alimentation sur la santé de l'enfant :

Une dame de 19 ans, dit M. Capdevila, bien portante, accoucha, en avril 1851, d'une enfant robuste, mais que des gerçures au sein l'empêchèrent d'allaiter. Elle fut donnée à une nourrice saine et robuste, qui paraissait offrir les meilleures conditions. Néanmoins, l'enfant commença à se détériorer considérablement, prit de fréquentes indigestions et de la diarrhée, avec pâleur de la peau et des muqueuses, tuméfaction des jointures, volume considérable du ventre, tardive ossification des os du crâne, lenteur dans l'apparition des dents, etc. — Au bout de 13 mois, on s'aperçut que la nourrice portait une syphilide papuleuse accompagnée de douleurs caractéristiques dans les membres. On lui ôta l'enfant, qui, mieux nourrie, reprit plus tard sa première santé (').

J'ai choisi à dessein ce fait en raison du peu d'influence que la vérole avait produite sur la santé de la nourrice au moment où elle prit l'enfant. Sans que

(') La Cronicath los fiospitales de Madrid, duc. 1Sj3, p. 391-

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