‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 176 sur 204 · PARTIE Y. THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE Y. THÉRAPEUTIQUE

rien d'extérieur la fit alors soupçonner d'être malade, elle a donc pu, à une période ou à un degré très-peu avancé de syphilis constitutionnelle, porter à son nourrisson un préjudice sérieux par la mauvaise qualité que la diathèse, quoique aussi faiblement prononcée, avait donnée à son lait.

Voici un autre exemple, du même genre, dont je puis attester de visu l'authenticité :

Un avocat, pur, lui et sa femme, de tout antécédent sypnilitique, eut d'abord un enfant qui est et resta depuis un vrai type de santé et de force. Un an après, il eut une fille qu'il donna à une autre nourrice laquelle présentait alors toutes les apparences d'une constitution robuste et intacte. Le nourrisson qui, d'abord, profitait admirablement, commença, vers le 7 me mois, à dépérir. En même temps, la nourrice offrit sur la face quelques taches sur lesquelles l'œil du père se porta avec anxiété. Examinée alors par M. le docteur Tessier et un autre médecin, la nourrice fut reconnue atteinte d'une éruption syphilitique papuleuse bien caractérisée; et, en l'interrogeant, on apprit qu'elle avait eu quelques mois auparavant des symptômes assez obscurs, mais au nombre desquels on put démêler l'existence avérée d'un bubon. — La petite fille lui fut retirée immédiatement. Elle n'eut et n'a pas eu depuis de symptôme syphilitique. Mais pendant 2 ans et demi elle est restée faible, pâle, chairs flasques, teinte chlorotique évidente, lenteur des fonctions locomotrices, différence rendue surtout sensible par la vigueur et la pétulance de son frère aîné. Cet état, alarmant par sa durée, ne tendant pas à terminaison, quoiqu'on eût changé de nourrice, M. le docteur Taupin eut l'heureuse idée d'administrer les ferrugineux qui produisirent en quelques mois un changement des plus remarquablement satisfaisants.

Les conséquences qui ressortent de ces faits ne

tendent point à faire condamner le traitement indirect; elles montrent seulement qu'il faut le juger moins par ce qu'il produit, que par ce qu'il pourrait produire. Avec une nourrice saine et qu'on mercurialiserait dans le but unique de traiter le nourrisson, on réaliserait l'ensemble des éléments favorables à ce genre de thérapeutique. Mais il n'est pas donné à tous de rencontrer ou de pouvoir créer pour leurs enfants de pareilles conditions médico-bygiéniques.

Quand la mère, syphilitique , ne peut pas nourrir ; quand on n'a pas sous la main une nourrice ayant besoin de mercure, ou consentant à en prendre, alors le traitement direct devient indispensable. Mais ce n'est point là, à beaucoup près, sa seule indication ; et, à mes yeux, comme pour les syphilographes les plus modernes, il est loin de devoir être considéré comme une dernière ressource ou comme un pis-aller. Bien au contraire : c'est contre les symptômes aigus, c'est dans la syphilis galopante, que son emploi devient la nécessité urgente, le plus impérieux devoir. Un grand nombre d'enfants à qui la médication indirecte rendra ultérieurement de précieux services, — unefoisla première violence du mal domptée par l'usage direct des spécifiques, — succomberaient infailliblement si l'on voulait les traiter par l'exclusif intermédiaire du lait médicamenteux de leur nourrice. On se souviendra de cette action essentiellement lente du traitement indirect, afin de ne pas compromettre et la médication et le malade, en s'en tenant à lui seul dans les circon-

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