PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE
stances, moins rares chez les nouveau-nés qu'on ne le croit, où il faut porter un prompt remède sous peine de mort.
Un cas assez embarrassant à résoudre peut s'offrir : la mère syphilitique est susceptible de nourrir; mais l'enfant, de son côté, supporte bien le traitement direct... Faut-il, pour donner à ce traitement le supplément que lui promet le lait maternel mercurialisé, passer par-dessus les inconvénients résultant de la mauvaise qualité de ce même lait? Faut-il, en d'autres termes, renoncer à donner une nourrice étrangère bien sécrétante et bien portante, pour faire profiter l'enfant du mercure qu'il pourra puiser au sein de sa mère? Malgré mes sympathies pour le traitement indirect, je suis loin de pencher vers cette solution. Lorsque le nouveau-né soutient sans accident l'effet des médicaments qu'on lui administre sans intermédiaire, la thérapeutique a satisfait vis-à-vis de lui à toutes les indications que son état pouvait soulever, et il n'y a plus qu'à faire jouer à l'hygiène son rôle non moins indispensable. Or, la première condition, dans ce but, est le choix d'un lait nutritif et réparateur : et une nourrice exempte de syphilis, si elle veut de bonne foi remplir son office, y satisfera toujours beaucoup mieux que celle dont la diathèse syphilitique a débilité l'organisme, et perverti à un degré plus ou moins marqué toutes les fonctions. Conclusion : traitez, dans ce cas, l'enfant directement, et procurez-lui une nourrice aussi saine que possible.
J'ai réuni les deux faits suivants comme établissant, par une contre-épreuve clinique instituée pour ainsi dire à dessein, la supériorité du traitement direct :
Madame X..., infectée le jour même de son mariage et devenue enceinte immédiatement, a, au bout de deux mois, des taches cuivrées, des plaques muqueuses, etc. Elle est traitée fort incomplètement, et accouche à terme d'une petite fille bien portante, mais qui, au bout de 3 semaines, offre des tubercules plais à l'anus et à la vulve. Sa mère, qui la nourrit, recommence un traitement mercuriel. On se borne, pour l'enfant, à des soins de propreté. En un mois, tout disparaît.
A six mois, nouvelle apparition de tubercules plats chez l'enfant. La mère, quoique exempte de symptômes syphilitiques depuis sa grossesse, reprend du mercure. Au bout d'un mois, l'enfant est encore guérie.
A un an, il revient des tubercules muqueux à la vulve ainsi qu'à l'anus de la petite, et de plus une éruption pustuleuse à la face. M Cullerier, consulté alors, conseille le traitement direct; mais les parents s'y refusant, il lui fait téter une nourrice à laquelle on donne, pendant trois mois, de la liqueur de Van-Swiéten. La guérison a lieu.
A deux ans, une éruption roséolique se déclare, en même temps que des plaques muqueuses à presque tous les orifices, et des pustules d'ecthyma sur diverses parties. Cette fois rien ne s'oppose au traitement direct, qui, d'ailleurs, à cet âge, était le seul possible. Durant trois mois, M. Cullerier lui fit prendre d'abord 1/16, puis 1/4. de grain de sublimé, et un bain mercuriel tous les cinq jours. Cette fille qui a aujourd'hui 10 ans est très-bien portante et n'a eu depuis lors aucune récidive (').
Dans ce cas, le traitement indirect s'est montré impuissant a opérer la cure radicale ; mais au moins,
(') Bullet. gènér. de thérap., 1832, p. 44a.