‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 178 sur 204 · PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE

il avait momentanément fait disparaître les symptômes constitutionnels. Dans celui qu'on va lire, son inefficacité est encore plus évidente; car on n'a observé, durant son influence, que l'aggravation progressive de la maladie :

Une femme, mariée en novembre 1832, eut, au bout de 7 semaines, un chancre à la vulve : elle prit des pilules. Au bout de deux mois, une éruption parut sur tout le corps, mais revint au mois de juin 1833. Elle usa de nouveau de remèdes mercuriels.

En 1835, elle devint enceinte et fit une fausse couche à 11 semaines.

Le 20 mars 1836, elle accoucha d'une fille en apparence bien portante, et qu'elle nourrit. Mais à 9 semaines, l'enfant présenta sur la face, le cou et le tronc, des taches cuivrées et eut du mal aux angles des lèvres. M. Colles traita la mère par des pilules mercurielles. La petite fille tétait bien; on ne lui donna aucun remède.

A trois mois, l'enfant eut des papules à la vulve et aux fesses; sa santé commença à s'altérer; elle poussait des cris continuels. Un chirurgien ajouta seulement des frictions au traitement que la mère suivait. Au bout de trois autres mois, cette enfant fut conduite à l'hôpital, très-émaciée, faible, pâle, dans un état (dit l'auteur) déplorable, presque désespéré. Tous les symptômes indiqués ci-dessus persistent. Plusieurs des pustules se sont ulcérées. La mère n'a pas de signe de syphilis.

Le 3 septembre, on donne à la mère et à l'enfant un sirop mercuriel ; les ulcères de celui-ci sont lavés avec Veau noire (composé mercuriel). Le 8, on suspend le traitement de la mère parce qu'il la purgeait ; on ne l'a pas repris depuis lors. Quant à l'enfant, elle continue le sien; 1 amélioration ne tarde pas à se déclarer ; elle crie moins, et sa voix change de caractère, ses forces reviennent. Bref, h'S ulcères se ferment

peu à peu, et grâce à la continuation du même traitement, la guérison devient complète (').

| 3. — Par quelle voie convient-il de faire absorber aux nouveau-nés atteints de syphilis les médicaments spécifiques?

Cet ordre de considérations, accessoire chez l'adulte, prend, dans la syphilographie infantile, une importance extrême. Peu d'auteurs, toutefois, la lui ont accordée jusqu'ici ; et il ne pouvait en être différemment puisqu'elle résulte principalement des découvertes récemment faites sur la nature et la fréquence des lésions viscérales dont la syphilis congéniale s'accompagne.

On se bornait autrefois, sur le point spécial en question, à dire vaguement que, lorsque les voies digestives sont trop susceptibles, il faut administrer les médicaments en bains, en frictions, en fumigations, etc. Mais ces dernières prescriptions n'étant, en conséquence, formulées que chez des sujets où l'épuisement des fonctions principales empêchait l'usage des remèdes à l'intérieur, on ne les voyait presque jamais réussir. Aussi n'attachait-on pas plus de confiance à leur effet qu'on ne donnait de soin à leur exécution. C'était en dernière ressource et pour l'acquit de sa conscience, en quelque sorte, que le praticien les ordonnait. 11 me semble que leur indication doit aujourd'hui apparaître sous une face toute nouvelle.

(') Colles, On the vener. diseas., p. 277.

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