‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 181 sur 204 · PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE

ternes est alors de rigueur, et l'on ne saurait s'y décider trop tôt. Il serait toujours temps de revenir à ces derniers, ou du moins de les associer en minime proportion à l'emploi des applications externes, si celles-ci, bien qu'administrées largâ manu, causaient des accidents locaux ou demeuraient insuffisantes. La finesse du tégument à cet âge n'est point une contre-indication à ce traitement. Colles (') dit n'avoir jamais vu les frictions mercurielles produire l'érythème chez les nouveau-nés, etc. ; M. Cullerier est du même avis.

Est-il, d'ailleurs, besoin de dire que, quand ils sont tolérés, les remèdes donnés à l'intérieur méritent une préférence absolue? Ils l'ont justifiée, spécialement dans ce cas, par tant et de si nombreux services qu'ils doivent toujours constituer la méthode générale, celle par laquelle il faut commencer, et qu'on n'abandonne que lorsque ses inconvénients, se manifestant par l'expérience , l'emportent notoirement sur ses avantages.

Cependant beaucoup d'auteurs anciens ne recommandent que les frictions. Petit-Radel , Lamauve les préfèrent à l'usage interne des médicaments. Mais de tous, leur plus fervent partisan est sans doute Brodie. L'illustre chirurgien, auteur, il est vrai, d'un procédé spécial pour faire absorber le mercure par la peau, écrit : « Très-peu d'enfants ont guéri de ceux qui ont pris le mercure à l'intérieur; mais je n'ai pas vu un

(') Ouvr. cité, p. 28 (.

seul cas dans lequel la méthode que je viens d'indiquer ait échoué ('). » Nous ferons tout à l'heure connaître cette méthode. M. Cullerier , qui a le plus récemment et le plus pratiquement approfondi ce sujet, accorde aussi une prééminence décidée, quoique non exclusive, au traitement endermique.

§ 1. — Auquel des remèdes préconisés comme anlisyphililiques faut-il donner la préférence pour traiter la syphilis chez les nouveau-nés?

Les mercuriaux et les iodurés sont les seuls qui méritent de se disputer le choix du praticien : non que toute la thérapeutique se borne à savoir les administrer; car l'hygiène fournit de précieuses ressources pour en seconder l'action curative. Je veux seulement dire que, en fait de médicaments spécifiques, il n'en est aucun digne d'entrer ici en parallèle avec les. deux héroïques agents dont l'art de guérir tire journellement un si utile parti contre la syphilis des adultes.

A priori, l'analogie semblerait indiquer plus particulièrement l'iodure de potassium dans deux cas, savoir : d'abord quand l'enfant est atteint de symptômes plus ou moins analogues aux accidents tertiaires de l'adulte, et notamment de lésions viscérales ; en second lieu, quand celui des parents qui a transmis la vérole à l'enfant en était lui-même, au moment où il a pu la donner, à la période tertiaire de l'affection. — Mais nous avons vu , dans la seconde partie , dans quelles

(') Lectures illustrai, ofvar. subjects, p. 245.

limites de semblables conclusions sont justifiées par l'expérience, jusqu'à quel point il est légitime de considérer comme tertiaire la maladie du nouveau-né développée au sein de pareilles conditions.

Or, la thérapeutique peut-elle affecter dans ses indications plus d'assurance que le diagnostic dans ses déterminations ? Non sans doute, en droit strict ; puisque c'est justement la distinction préalable des phénomènes en secondaires ou tertiaires qui doit suggérer au médecin l'option à faire entre les deux antidotes. Mais, en fait, la rigueur des principes peut subir, au bénéfice des malades, plus d'une atténuation. Ainsi, sans ordonner de prime abord les iodurés plutôt que les mercuriaux dans les cas qui présentent l'une dos deux circonstances précitées, je me tiendrai pour averti que leur administration serait alors particulièrement rationnelle. Je pourrai donc, en semblable occurence, les essayer en commençant, et les continuer ensuite si d'heureux effets m'en démontrent immédiatement la convenance. Je pourrai encore, dans les mêmes conditions, si les mercuriaux laissent marcher et progresser les désordres, recourir à l'iodure dont l'usage serait alors doublement indiqué. Mais , je le répète, voilà la seule tentative que la prudence permette de risquer; et il y a loin de ces indications mal définies, de ces tâtonnements sans méthode, auv distributions tranchées et faciles , à la prescription sûre et hardie de ce sel, que la pratique syphilographique des adultes autorise et commande.

Quelques succès ont couronné l'emploi de l'iodure potassique administré dans les conjonctures que je viens de spécifier. M. Bassereau cite un enfant atteint de tubercules sous-cutanés suppures, lésion évidemment tertiaire , qu'il tenait de son père parvenu à la même évolution syphilitique. Malgré la gravité des symptômes, il guérit au moyen de l'iodure pris par la nourrice. Une contre-épreuve thérapeutique des plus prohantes donne à ce fait une haute valeur. Quatre ans plus tard, ce même homme , toujours sous le coup de la diathèse, eut un autre enfant. Celui-ci fut également affecté de tubercules syphilitiques. Cette ibis, la nourrice ayant , au bout de quelques jours, refusé de prendre l'iodure , on soumit l'enfant à des frictions mercurielles ; mais il succomba. — Enfin, M. Ricord et M. Bassereau parlent d'un autre nouveau-né atteint de tubercules profondément ulcérés, qui guérit grâce à l'iodure de potassium donné à la nourrice. Mais chez ce dernier on avait en même temps pratiqué des frictions mercurielles à l'enfant, de sorte que le mercure peut revendiquer ici une part au moins de l'honneur de la cure.

M. Deville (') a recueilli les observations de quatre enfants atteints de coryza syphilitique, qui furent guéris rapidement par l'iodure de potassium administré directement à eux. Dans le seul de ces faits qui soit cité avec détail , la vérole provenait de la mère

(') M. Bouchut, Traité prat. des mal. des nouv.-nés, p. 869.

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