PARTIE V. THÉRAPEUTIQUE
on commencera par administrer deux tiers de centigramme de sublimé ou un centigramme de mercure soluble de Hahnemann dans les vingt-quatre heures, en trois doses. On augmentera d'un tiers de centigramme tous les trois jours jusqu'à production d'un • effet sensible soit sur la bouche, soit sur les symptômes syphilitiques. On diminuera alors la quantité quotidienne, comme on le fait pour l'adulte, de manière à maintenir une légère excitation gingivale, ou plutôt de manière à la reproduire, à plusieurs reprises successives, durant le cours entier du traitement.
Un moyen commode de doser exactement ces médicaments est d'en faire dissoudre un poids déterminé dans un certain nombre de cuillerées d'eau distillée. En prenant ensuite une cuillerée de ce mélange on sait exactement la quantité qu'on administre. Les frictions seront faites avec un ou deux grammes d'onguent mercuriel simple (cératmercuriel), pour commencer, et répétées une fois par jour. On en mettra davantage ensuite, s'il le faut, pour chaque friction. Si la peau est très-sensible, on ne les réitère que tous les deux jours. Les bains contiennent deux grammes de sublimé. On en ajoute plus tard, gramme par gramme, jusqu'à quatre et six, selon l'âge du sujet. Ces bains seront répétés tous les deux, trois ou quatre jours (').
(') Ces bains, trop concentrés ou trop rapprochés, déterminent parfois un érythème dont la vive coloration et l'apparition presque instantanée sur la plus grande partie du corps, peuvent causer aux parents d:' grandes inquiétudes.
Je crois superflu de donner la formule exacte des lotions, pommades, injections, etc.,... destinées à la médecine des nouveau-nés syphilitiques. Outre que ces formules doivent varier selon les cas, selon les individus, et chez le même individu suivant les phases de l'affection, il est tellement aisé de les copier, avec les modifications voulues, sur celles consacrées aux adultes qu'il n'y aurait aucun avantage à entrer à ce sujet dans des détails plus étendus.
L'iodure de potassium pourra être administré, en commençant par 5 centigrammes et en augmentant rapidement, malgré l'enchifrènement (capable de simuler le coryza syphilitique) qui pourrait en être la conséquence. Je n'indiquerai pas la dose à laquelle il faudrait s'arrêter; la tolérance spéciale qu'a l'organisme pour cet agent ne fait pas une nécessité aussi impérieuse que pour le mercure de fixer à cet égard une limite. Il serait d'autant plus inopportun de chercher à l'établir à priori que parfois son action curative ne se prononce qu'à une dose très-considérable. Il est d'ailleurs bien entendu que les règles que je viens d'exposer devront différer suivant l'âge des sujets, comme suivant leur force, leur degré de développement, et une foule d'autres conditions dont c'est l'office du clinicien de savoir tenir compte dans la juste mesure.
Frappé de la possibilité d'élever impunément les doses de l'iodure de potassium et celles des préparations mercurielles externes, je crois devoir appeler
l'attention toute particulière des praticiens sur la convenance qu'il y aurait à composer le traitement des nouveau-nés de frictions ainsi que de bains mercuriels, et de l'iodure donné simultanément à l'intérieur. L'association du mercure et de l'iode si féconde en heureux résultats chez l'adulte ne devrait-elle pas être tentée plus souvent sur l'enfant qu'on ne le fait? Soit comme méthode générale, soit réservée pour les cas où l'un des deux agents est demeuré impuissant, je n'hésite pas à recommander ce traitement par combinaison, qui, administré ainsi, n'a aucun des inconvénients signalés par mon honorable et très-savant successeur M. Rodet.
| 7, — Quelle eslla durée d'un traitement anlisjphililique chez les nouveau-nés?
Nul précepte absolu, on le comprend, ne peut s'établir à cet égard. La durée de la médication dépend d'abord de la gravité de la maladie. Plus celle-ci est compromettante pour l'existence, plus il importe, par la continuation prolongée des remèdes, d'en détruire radicalement le germe et d'en prévenir les retours. Donc, en thèse générale, la syphilis qui envahit les viscères, qui affaiblit la constitution, nécessitera un traitement plus long que celles dont les effets n'ont consisté que dans l'éruption de syphilides érythémopapuleuses, sans lésion bien profonde des forces vitales. En second lieu, si les médicaments ne peuvent être donnés à l'enfant que par l'intermédiaire de
sa nourrice, leur efficacité, par cette voie, étant moindre, on conçoit qu'il sera sage de suppléer grâce à une durée plus longue l'insuffisance tenant à leur mode spécial d'introduction dans l'économie. — Parfois aussi un traitement fort actif est indispensable pour triompher d'accidents menaçants : mais, une fois le danger conjuré, on doit se relâcher de la rigueur de prescriptions qui pourraient, elles aussi, avoir leurs inconvénients. Il faut encore, lorsqu'on s'occupe de mesurer le temps à consacrer à la cure, tenir compte des variations qu'ont subies les doses, soit qu'on les ait atténuées par prudence, soit qu'un peu d'irritation des voies digestives ou un commencement de ptyalisme ait obligé de les diminuer, ou même de suspendre momentanément les remèdes.
On doit poursuivre l'emploi des spécifiques quelque temps encore après que toute manifestation syphilitique a disparu. Tous les pathologistes sont d'accord sur ce point. Mais il faut se garder de l'excès de prévoyance qui conduit à persévérer presque indéfiniment dans leur administration. En les continuant sans réserve, on habitue l'organisme à leur action; et l'on désarme ainsi la thérapeutique de ressources dont il est impossible d'affirmer qu'elle n'aura pas ultérieurement besoin, rien n'étant plus commun que les récidives, à la vérité s' affaiblissant progressivement, de la diathèse syphilitique la plus méthodiquement traitée. Le praticien avisera donc à tenir sous ce rapport un milieu circonspect entre trop et trop peu, en évitant