‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 26 sur 204 · PARTIE 1. ÉT10L0U1E · texte numérisé non relu

PARTIE 1. ÉT10L0U1E

suffit effectivement de considérer deux faits. Le premier, c'est que le nombre des femmes qui ont à la vulve des symptômes inoculables ( l ) à l'époque de l'accouchement est certainement bien au-dessous du nombre des nouveau-nés affectés de syphilis. Le second, c'est que l'on voit parfois des enfants présenter au moment même de la naissance des lésions trèsmanifestes de syphilis constitutionnelle. Or, comment existeraient-elles déjà si elles n'avaient pu se contracter qu'au passage ?

Loin de là, on aurait, je crois, plus de peine à établir par des cas bien concluants la réalité de l'infection au passage. Berlin qui en est le défenseur, même passionné, ne donne de sa croyance que les raisons suivantes :

« Lorsqu'un enfant né d'un père sain et dune mère infectée peu de jours avant l'accouchement présente quelques jours après sa naissance des signes de syphilis, tandis que la mère est attaquée degonorrhée et de chancres, n'y a-t-il pas une grande présomption que l'infection du nouveau-né a été contractée au passage? »

« Cette présomption ne se change-t-elle pas en certitude, quand ces symptômes sont de la nature de ceux qu'on a appelés primitifs ? »

(') Il n'est pas question ici des affections blonnon-hagiques qui existent si fréquemment lors de la paiturition et se transmettent quelquefois aux parties génitales, plus souvent aux conjonctives de l'enfant naissant.

« Comment, en effet, pour peu que l'accouchement se prolonge, la face et le corps de l'enfant se trouveraient-ils impunément en contact avec les chancres et les ulcères qui infectent les organes de la génération de la mère (') ? »

Voilà des raisons et beaucoup ; mais des faits, pas un seul! Des faits, j'en ai cherché partout sans en rencontrer de parfaitement authentiques. Toutes les fois que j'ai vu notée l'apparition d'un chancre chez le nouveau-né, j'ai pu, soit par l'époque trop éloignée de l'accouchement, soit par l'intégrité constatée des organes génitaux de la mère, soit par la découverte d'un contact accidentel impur de la part d'une personne étrangère, m'assurer qu'il n'avait pas été gagné en traversant les détroits du bassin. Aussi, sans nier aucunement la possibilité de la chose, convaincu même de sa vraisemblance, je ne saurais consentir à lui donner une large place au nombre des causes d'intoxication du nouveau-né ; et je m'en tiens à son égard à la formule de M. Ricord qui dit : « Cela est rare sans doute, mais cela n'est pas impossible (" 2 ). »

Si l'on réfléchit d'ailleurs aux conditions multipliées qui devraient se trouver réunies pour opérer une pareille contagion, on cessera de s'étonner que les exemples en soient aussi peu nombreux. Du côté de la mère, il faudrait un chancre à la période de progrès, contracté

(') Berlin, ouvrage cité, p. 21.

( 2 ) Lettres sur la syphilis, p. 104.

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