PARTIE I. ËT10L0GIE
de trente à huit jours environ, avant l'accouchement; sur lequel le corps du fœtus frottât assez fort pour en absorber les liquides, pas assez pour provoquer à la surface de l'ulcère un saignement qui délaierait son pus et le rendrait inoffensif. Du côté de l'enfant, il faudrait ou une déchirure de son épidémie, ou des frottements réitérés, combinés avec un arrêt au passage, très-prolongé, de la partie contaminable, avec l'absence du liquide amniotique, avec l'ablation de cet enduit caséeux qui a été donné avec raison par Bosquillon et Jahn comme le préservatif le plus assuré contre l'effet des virus.
Or, bien loin de là, qui ne sait avec quelle rapidité, au sein de quelle abondante lubréfaction le fœtus est ordinairement lancé à l'extérieur? Sont-ce là les conditions ordinaires d'un coït infectant ? Toutes les précautions prophylactiques employées avec succès par les libertins, onction d'un corps gras sur l'organe menacé, immersion durant l'acte, promptitude de la perpétration de celui-ci, lotions après l'avoir terminé, ne s'y trouvent-elles pas, au contraire, fidèlement reproduites par la nature ou par les soins de l'hygiène la plus vulgaire ?
Aussi arrive-t-il que chez une même femme la contagion ordinaire soit possible, et que celle-ci manque ; que le même vagin ayant un chancre le communique au doigt qui s'y engage pour l'exploration, et se laisse ensuite, impunément pour le fœtus, traverser par ce dernier. J'en trouve la première indication dans An-
tonius Gallus qui « testatur se obstetricem novisse quae, dum mulieris inquinatœ partum exciperet, hoc morbo correpta iuit, nulla tamen fœtui noxa comraunicata.» L'exemple est aussi ancien qu'authentique, il date de 1540.
En voici un tout semblable qui est à ma connaissance personnelle :
Madame Le B...., sage-femme fort instruite et très-occupée, de Lyon, accouchait une femme récemment infectée. Elle vit, peu de jours après, un chancre se développer sur le bord radial de son doigt indicateur droit, à côté de l'ongle et sur la place d'une toute petite excoriation qu'elle avait là depuis quelques jours. Malgré les soins dévoués de plusieurs praticiens, ou peut-être parce qu'ils étaient plusieurs, l'ulcération gagna en étendue, prit le caractère phagédénique. Après 4 mois employés en traitements inutiles, et sans avoir vu survenir aucun symptôme constitutionnel, elle se guérit enfin par 1 habitation à la campagne et des pansements fréquemment réitérés avec de la crème fraîche.
L'enfant vint au monde bien portant et resta tel.
Dans les cas de ce genre, on pourrait objecter que si le fœtus n'a rien contracté, c'est que, né d'une mère infectée, il l'était lui-même avant sa naissance et ne pouvait par conséquent pas prendre une seconde fois ce qu'il avait déjà. Mais alors même que l'enfant serait syphilitique du fait de sa conception, ce n'est pas ce qui l'empêcherait de gagner un chancre primitif m passage, si les conditions matérielles le permettaient; car nous voyons tous les jours des individus véroles au dernier degré prendre de nouveaux chan-