‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 29 sur 204 · PARTIE I. ÉTIOLOGIE · texte numérisé non relu

PARTIE I. ÉTIOLOGIE

De leur côté, les femmes de la condition de celles où se recrutent les nourrices n'offrent que bien peu d'exemples de vérole. Je pourrais citer tel village, tel canton où la maladie vénérienne est inconnue. Un nourrisson survient ; et voilà le fléau allumé ! Santé parfaite de la population jusque-là : à partir de ce moment, syphilis sévissant presque épidémiquement sur la nourrice et sa famille, attaquant le mari, des enfants de 3 ou 4 ans, de vieilles femmes de 60, remontant et descendant à deux générations de distance ('). Quelle immoralité incroyable, quelle lubricité effrénée et subite ne faut-il pas admettre dans ces familles, si chacune des victimes a dû contracter personnellement un chancre primitif? Et comment ces goûts de débauche ou ces affreux malheurs ont-ils donc, pour se développer, attendu justement l'arrivée du nourrisson? Par quel hasard ne les voit-on jamais dans les ménages voisins où il n'y a pas d'enfant à la mamelle, venu du dehors?

C'en est assez, je crois, pour faire apprécier la doctrine du chancre primitif quand même par tout homme qui n'apporte à cet examen que de la raison. Quant à la théorie contraire, celle qui ne veut expliquer ici la transmission que par la contagionabilité des accidents constitutionnels ordinaires, je n'en dirai qu'un mot : c'est que, malgré les expériences les plus attentives, on n'a pu, jusqu'à présent, mettre hors de

(') De nombreux cas de cette espèce seront cités dans la troisième partie.

doute l'inoculabilité et par conséquent la propriété contagieuse des lésions de cette nature, sur l'adulte. Sous le rapport expérimental, le lait reste par conséquent encore à établir.

Ce n'est donc ni dans l'une ni dans l'autre des deux explications qu'il faut chercher la vérité ; c'est entre elles. Un fait capital va nous mettre sur la voie : Dans ces cas presque innombrables de communication du mal de la nourrice à l'enfant, bien rarement, remarquez-le, le symptôme constitutionnel existant sur le mamelon était chez la nourrice la conséquence dune syphilis développée selon le procédé habituel, à la suite d'un chancre primitif gagné par elle. Presque toujours, il s'y était déclaré par l'effet du contact de ce sein avec la bouche d'un autre enfant héréditairement infecté. L'ulcère qu'elle avait là et qu'elle a transmis n'était donc pas un accident secondaire ordinaire. Par son origine, il tenait essentiellement de la syphilis congéniale. Faut-il s'étonner si, avec ce mode particulier de développement, il offrait d'autres attributs, d'autres propriétés que les phénomènes de même période d'une vérole commune ?

Or, le grand caractère de la syphilis congéniale est de donner naissance à des manifestations symptomatiques contagieuses par le fait, quoique secondaires par la forme ('). On comprend dès lors qu'un enfant

('; I Nous consacrons un chapitre spécial à la démonstration oV ce théorème. (Vuy. troisième partie.) Le lecteur voudra bien sus-

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