PARTIE I. ÉTIOLOGIE
sain \enant teter un sein qui a été ulcéré par un premier nourrisson syphilitique , trouve dans cet ulcère une cause suffisante d'infection, puisque ce symptôme n'était à proprement parler que de la syphilis congéniale accidentellement greffée sur un adulte.
Certaines observations donnent à cette interprétation un haut degré de vraisemblance. Parfois on a vu le chaînon intermédiaire se supprimer, et la vérole passer, au moyen du mamelon agent resté intact d'une contagion médiate, d'un premier nourrisson à un nourrisson ultérieur. Ainsi :
Bertin (i) reçut dans le département des nourrices la femme Cla..., enceinte de 6 mois, avec un de ses enfants, âgé de 22 mois. 11 offrait des pustules larges, saillantes, à l'anus et entre les fesses.
Cette femme est mariée; elle a eu quatre enfants très-sains : ni elle, ni son mari n'ont jamais éprouvé aucun symptôme d'affection vénérienne. Son enfant, entré avec elle à l'hôpital, était âgé de 3 mois, bien portant, et elle le nourrissait, lorsqu'elle reçut et allaita un autre nourrisson né d'une femme infectée, et atteint, lui, d'ophthalmie et de chancres à la bouche. Huit jours après, son propre enfant fut attaqué de chancres sur la langue et au palais, et de bubons de chaque côté du col. — La mère entra alors à l'hôpital et se soumit, quoiqu'elle ne présentât aucun signe de maladie vénérienne, à un traitement antisyphilitique, ainsi que son enfant. Cette femme resta depuis lors exempte d'accidents vénériens. Mais l'enfant
pendre son jugement sur le présent passage jusqu'à ce qu'il en ait pris connaissance.
(i) Ouvrage cité, p. 149.
eut au bout de trois mois une éruption de pustules vénériennes, celles dont il fut traité, ainsi que l'indique le commencement de l'observation, dans le département des nourrices ( l ).
L'on voit ici un enfant en infecter, pour ainsi dire, directement un autre. Et l'on conçoit bien que lorsque la nourrice, au lieu d'être comme dans ce cas un instrument passif , subit elle-même l'intoxication vénérienne, ce passage du virus congénial à travers son organisme ne lui enlève point le pouvoir éminemment contagieux qui est son apanage fatal.
Quelque jugement qu'on porte sur ce qui n'est encore donné ici que comme hypothèse, il n'en demeurera pas moins établi que le contact de la bouche d'un nourrisson avec le sein d'une nourrice syphilitique doit être soigneusement évité, quelle que soit la phase, l'apparence, la date du début des lésions que celle-ci porte au sein. Car bien que l'enfant puisse parfois échapper à la contagion , bien qu'on ne soit pas autorisé à dire avec de Blegny ( a ) que « les nourrices ne sauraient allaiter leurs nourrissons sans leur donner la vérole, quand elles en sont atteintes » , bien que les expériences de M. Ricord ( 3 ), de M. Cullerier, de M. Nonat, montrent assez combien une pareille
(') Plusieurs circonstances de ce cas permettent de soupçonner Ljtio les accidents de pari et d'autre étaient primitifs ; mais cela n'ébranlerait aucunement la réalité de la transmission médiate don il offre l'exemple.
( 2 ) Ouvrage cité, p. 194.
( 3 ) Lettres sur la syphilis, 1851, p; loi.