‹ Traité de la syphilis des nouveau-nésChapitre 34 sur 204 · PARTIE I. — ÉTIOLOGIE · texte numérisé non relu

PARTIE I. — ÉTIOLOGIE

les enfants qu'elles nourrissent. Et voici la seule observation personnelle qu'il invoque pour justifier un énoncé aussi absolu :

Une nommée C. E... est accouchée, le 6 juillet 1851, d'une petite fille bien portante. Elle n'avait elle-même que des végétations.

Une femme M. M..., qui présentait une syphilide tuberculeuse bien caractérisée, entre dans les premiers jours d'aoùi 1851 dans le même hôpital (de l'Oureine). Mise aussitôt en traitement par le protoiodure de mercure, elle nourrit l'enfant de la femme C. E..., celle-ci n'ayant pas de lait. On a sui\i l'enfant jusqu'à l'âge de cinq mois. A part une grande débilité, elle n'offre pas de trace de maladie. Le lait de sa nourrice la fit rapidement revenir à la santé, qui était fort compromfse par le lait de sa mère. Elle meurt, à cinq mois, de convulsions.

Selon M. Dugès, cette observation « démontre dune manière évidente l'innocuité du lait des nourrices vérolées. » A mon avis, elle démontre encore quelque chose de plus, dont l'auteur ne semble pas s'être douté : le pouvoir du protoiodure de mercure pour guérir la syphilis constitutionnelle ! L'enfant n'ayant sucé le lait de cette nourrice qu'à partir du moment où elle a été traitée par les spécifiques, ce lait n'a pu lui porter bien longtemps la contagion ; mais en revanche, il lui en a porté durant cinq mois le remède.

De son côté M. Cullerier (') a voulu appuyer du résultat de son expérience la doctrine qui nie la trans-

(i) Gaz. mèd. de Paris, 20 e année, p. 802.

missibilité de la syphilis à l'enfant tant par le lait qu'il reçoit, que par les lésions de la mamelle qui se trouvent en contact avec sa bouche.

En 1850, il lut à l'Académie de médecine cinq observations de nourrices infectées dont les nourrissons restèrent sains. Les symptômes constitutionnels des nourrices étaient bien caractérisés. Ils consistaient, chez la première, en céphalée, alopécie, roséole et ulcérations des amygdales ; chez la deuxième, en plaques muqueuses de la vulve et de la gorge ; chez la troisième, en roséole , plaques aux parties génitales et à la commissure buccale; chez la quatrième, en un lichen sur diverses régions, et une plaque ulcérée à la bas'e d'un des mamelons ; chez la cinquième , en pustules nombreuses d'ecthyma, siégeant notamment sur les seins.

Or, toutes ces observations paraissent se rapporter à des nourrices infectées allaitant leur propre enfant. Ces enfants avaient donc déjà affronté dans le sein de leur mère des causes d'empoisonnement syphilitique bien autrement puissantes que l'action du lait. Et s'ils y ont résisté, comment s'étonner qu'une influence beaucoup moins active les ait trouvés rebelles? De par cette première expérience instituée sur eux par la nature, on peut affirmer qu'ils étaient du nombre de ces individus que l'intoxication constitutionnelle n'atteint pas, de ceux justement qui font l'objet de ces faits négatifs dont je parlais tout à l'heure.

On voit combien il faut de précision dans le narré de ces cas pour que la discussion puisse s'exercer sur

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